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ZywOo, son histoire en Major autour de Berlin, Stockholm et Paris

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Le mercredi 2 août 2023, à l'occasion du média day des IEM Cologne, nous avons retrouvé Mathieu "ZywOo" Herbaut dans le cadre d'une interview destinée à raconter son histoire en Major autour de trois d'entre eux : Berlin, Stockholm et Paris.

Poussés hors des locaux d'ESL par une alarme incendie particulièrement récalcitrante, nous avons finalement pu nous installer dans un de leurs bureaux et débuter cet entretien d'une trentaine de minutes. Nous sommes revenus sur ce parcours où la patience due au COVID prendra la suite d'une première année de découverte, avant de se conclure par cette merveilleuse histoire parisienne.

Sommaire :     
 

I.
II.
III.
IV.

V.

Introduction
Berlin, la première scène
Stockholm, loin d'être s1mple
Paris, le rêve de gosse
Conclusion


I - II - III - IV - V


I. Introduction

Lancés en 2013 par Valve à l'occasion de la DreamHack Winter, les Majors ont changé la face de Counter-Strike en devenant le rendez-vous à ne pas manquer pour toutes les équipes professionnelles, tant pour le prestige que pour les gains obtenus. Pour rappel, en plus d'offrir 250 000 $ de cashprize à l'époque, du jamais vu sur CS:GO, Valve a ensuite implanté les stickers et leurs revenus reversés aux concernés en 2014 pour les équipes et 2015 pour les joueurs.

Avant d'évoquer le parcours de ZywOo en Major, posons donc les bases de ce que représentent ces compétitions majeures pour lui et voyons où se situe le premier souvenir qui lui revient à ce sujet.

 

Que représentent les Majors pour toi ?

Ça représente beaucoup de choses parce que c'est vraiment le tournoi qui a peut-être fait que des gens ont commencé à regarder Counter-Strike, à avoir la passion Counter-Strike, à jouer au jeu. Peut-être même que des histoires se sont créées grâce aux Majors. C'est vraiment quelque chose d'incroyable. Il y a toute une histoire derrière le Major, c'est le tournoi le plus important qu'on a sur Counter-Strike.

Chaque fois que tu commences une nouvelle année, t'es déjà en train de penser aux deux prochains Majors. Où ça va être ? Quels sont nos objectifs ? C'est très important pour nous et c'est juste incroyable de les jouer. T'as une autre pression que d'habitude, l'atmosphère est différente, tu peux sentir cette différence entre des IEM Dallas et un Major. Puis, quand tu vas sur scène, c'est magnifique. C'est tout ça qui définit le Major.


Un premier souvenir de Major qui n'arrive sûrement pas à la cheville du dernier en date | Crédit : HLTV

Quel est ton premier souvenir quant aux Majors ?

Je pense que ça remonte au tout premier Major, quand Ninjas in Pyjamas et fnatic s'affrontent et que Devilwalk baisse son froc devant tout le monde juste après avoir gagné. C'était un moment incroyable parce que c'est le premier Major qu'ils gagnent et tu sens, même s'il n'y a peut-être pas toute la pression ou tout ce qui entoure le Major aujourd'hui, tout l'engouement qu'il y a autour.

En fait, t'as envie d'y être ! Même si j'avais 10 ans, 13 ans, peu importe, t'as envie d'être sur scène quand tu vois ça parce que ça a l'air incroyable de faire un Major.

 


I - II - III - IV - V


II. Berlin, la première scène

Plongé dans le grand bain de la scène compétitive à partir d'octobre 2018, ZywOo a connu ses deux premières participations en Major à l'occasion des IEM Katowice 2019 puis du StarLadder Major Berlin, la même année.

Avant d'arriver en Allemagne, à seulement 19 ans, le visage encore juvénile, le prodige français venait de passer quelques mois à montrer qu'il avait déjà l'étoffe des grands en remportant notamment le cs_summit 4 et la septième saison des ECS, en plus d'accrocher une seconde place pour sa première dans la Lanxess Arena, lors des IEM Cologne.

Proposant alors des performances individuelles de haute volée, ZywOo était tout de même bien obligé de passer par la case découverte et de parfaire son expérience en compétition, d'autant plus à l'occasion d'un Major où il fit ses premiers pas sur la scène d'un tel rendez-vous.

 

ZywOo : Ce n'était que de la découverte parce que je ne savais pas encore trop comment ça fonctionnait. C'était vraiment différent d'un tournoi lambda, pas la même pression et même je voyais que les gens et les équipes se préparaient différemment, que l'atmosphère était vraiment différente par rapport au premier Major.

Ce n'était que mon second Major et, oui, je pense que je me suis mis un peu trop de pression, c'était ma première fois à Berlin avec l'équipe française. Au début, je me suis mis la pression un peu pour rien mais, au fur et à mesure que j'ai fait des Majors, je m'y suis fait, j'ai commencé à la gérer.

Mais, oui, la première fois c'était surprenant de voir comment les gens réagissaient, comment les organisateurs géraient le tournoi, c'était grave différent. Avec tout ça, j'étais impressionné.

 

ZywOo entrant pour la première fois sur la scène d'un Major | Crédit : HLTV

Invitée à compter du Challengers Stage grâce à sa 9/11ème place obtenue à Katowice, Vitality se qualifiait pour la ronde suivante après avoir quelque peu sué en se retrouvant dos au mur au bout de trois Bo1. Forte de cet échauffement, l'équipe survolait la première journée de Legends Stage avant de s'y reprendre à deux fois pour valider son ticket pour les quarts de finale, une première pour ZywOo. 

Si l'opposition ne semblait pas en mesure de déjà stopper le parcours des Français à Berlin, la vérité du serveur sera toute autre et les joueurs d'AVANGAR profiteront de ce Major pour prendre rendez-vous avec l'avenir. Soutenu par les fans de Vitality présents dans l'arène, comment ZywOo a-t-il vécu cette première sur scène à ce niveau ?

 

ZywOo : On joue le quart de finale contre AVANGAR et je me souviens que je ne me suis pas mis plus de pression que ça. Peut-être que, naturellement, la pression est venue mais, au fond de moi, je ne me la suis pas mise. Malgré les fans, malgré ce premier quart, malgré tout ça, j'ai essayé de le prendre comme un tournoi lambda parce que sinon ç'aurait été dur de gérer cette pression du Major.

 

Maintenant, j'ai plus d'attentes en termes d'équipe qu'au niveau individuel.

 

T'as les fans, l'équipe, et t'as tellement envie de gagner que déjà, rien que sur ça, tu te mets une pression énorme. T'as envie que tout soit combiné et c'est ça qui peut faire qu'un moment tu commences à perdre pied. Ça date, je ne me souviens plus trop si j'étais sous pression ou pas pendant ces trois heures de match, mais je sais que j'ai essayé de ne pas trop m'en mettre.

Par contre, je me souviens des fans, même si je crois qu'ils étaient derrière nous donc qu'on les entendait mais qu'on ne les voyait pas trop. J'avoue que, la première fois que j'ai vu ça, c'était incroyable, ça m'a donné des petits frissons. C'était vraiment la première fois que je sentais qu'il y avait des fans pour nous, qui se donnaient à coeur joie pour célébrer chaque round gagné, avec Ryu7z qui était à leur tête. Ce moment, il était franchement incroyable aussi.

 
 
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Au-delà du serveur, nous nous souvenons tous que l'entente dans le cinq n'était pas au beau fixe à ce moment, notamment à cause des difficultés qui entouraient la prise du lead. Justement, le doigt d'honneur de NBK- vers XTQZZZ après le match contre FaZe et son passage sur le banc suite à ce résultat représentent bien cette période, finalement peu propice à faire mieux en termes de performance.

 

ZywOo : Ce qui s'est passé pendant le Major, ça nous a marqués parce qu'on ne voulait plus que ça se reproduise, on ne voulait plus qu'il y ait de problèmes dans les Majors suivants. À Berlin, ça nous a causé plein de doutes, peut-être que c'est à cause de ça qu'on n'a pas été en demi-finale ou peu importe...

En fait, grâce à ce Major, grâce aux problèmes qu'on a eus, on a essayé de revoir notre manière de fonctionner pour que ça n'arrive plus. J'ai l'impression qu'à chaque fois qu'on a eu un petit Major, on a toujours eu des problèmes, pas forcément sur un joueur, mais il y a toujours eu quelque chose. À partir de là, on a toujours essayé de créer un bon environnement et d'arriver mieux préparés au Major.

Au final, je pense que cette défaite au Major de Berlin nous a aidés à nous forger et à être plus forts pour le futur. C'est ça qui nous a vraiment marqués.

 

Une vue large de la Mercedes-Benz Arena, avec les supporters Vitality dans le coin en bas à gauche

Proche de terminer sa première année complète sur la scène Counter-Strike, ZywOo se partageait encore entre ce jeune en phase de découverte et ce futur meilleur joueur du monde, entre ce partenaire à la bonhomie apparente et ce champion en devenir. Profitant de chaque instant avec ce sourire dont il ne se départait pas, comment abordait-il alors ces attentes que beaucoup plaçaient déjà en lui ?

 

ZywOo : Au début, je pense que je n'avais pas trop d'attentes. C'était ma première année, j'étais encore le rookie, je n'avais pas forcément d'attentes, je voulais juste aller le plus loin et gagner cette expérience que je pouvais prendre à chaque tournoi. En fait, quand je commençais un tournoi, je ne me disais pas "j'aimerais bien aller en demie, en finale ou même faire tel ou tel rating". Je ne me posais pas ce genre de questions, j'étais vraiment détente, j'arrivais quand même avec la faim mais en même temps je ne me mettais pas trop d'attentes.

Ça m'enlevait aussi de la pression, parce que plus t'as d'attentes, plus tu vas te mettre la pression pour les atteindre. Plus tu vas chercher à avoir 1,30 de rating ou à faire quart de finale, et plus tu vas commencer à cogiter si tu n'y arrives pas.

 

T'as les fans, l'équipe et t'as tellement envie de le gagner que déjà, rien que sur ça, tu te mets une pression énorme.

 

Au début, j'essayais de ne pas me mettre trop de pression par rapport à ça parce qu'il y avait déjà beaucoup de personnes qui me regardaient et attendaient des choses de moi comme j'étais individuellement fort. Juste ça, naturellement, ça me mettait un peu la pression. C'est pour ça que j'ai évité de me rajouter une pression supplémentaire.

Ensuite, au fur et à mesure du temps, vu que j'ai gagné beaucoup d'expérience avec Vitality ou avec Dan (apEX), qui m'apprenait beaucoup de choses, c'est sûr que j'ai eu beaucoup plus d'attentes en Major. Maintenant, c'est peut-être minimum quart de finale, ou dans un autre tournoi ça peut être demi-finale ou finale, par rapport à l'équipe qu'on a.

Maintenant, j'ai plus d'attentes en termes d'équipe qu'au niveau individuel.

 
 
LA STATISTIQUE :

2019
Comme la première année entière passée par ZywOo sur la scène compétitive, durant laquelle il participa à ses deux premiers Majors, les IEM Katowice et le StarLadder Berlin, et à la fin de laquelle il remporta le premier de ses trois Top 1 HLTV.

 


I - II - III - IV - V


III. Stockholm, loin d'être s1mple

Si la suite logique après Berlin aurait dû s'écrire à Rio, c'était sans compter sur cette longue période où le COVID nous a enfermés chez nous, privant la scène compétitive de ce rendez-vous majeur pendant deux ans. L'histoire étant quand même bien écrite, c'est à l'occasion du PGL Major Stockholm que les joueurs et le public se sont retrouvés et ont pu partager leurs émotions après tant d'attente.

 

ZywOo : J'étais content de rejouer un Major, j'étais très content de pouvoir voyager à nouveau, revoir mes coéquipiers ou même les autres équipes, parce que c'était mentalement dur d'être à la maison et de jouer de chez soi pendant le COVID, pendant plus ou moins deux ans. Tu te levais dans ta chambre, t'allais devant le PC et c'était comme ça quasiment tous les jours avec les tournois qui s'enchaînaient.

Le rythme était encore plus tendu qu'aujourd'hui comme on était à la maison, qu'il n'y avait pas les voyages et qu'ils pouvaient enchaîner les tournois. Pendant cette période, je pense que les joueurs ont vraiment subi le COVID et ce rythme.

 

La façon dont apEX m'a parlé m'a motivé et m'a donné encore plus confiance en moi-même.

 

Retourner en tournoi avec le premier Major après le COVID, à Stockholm, je pense que ça a fait du bien à tout le monde et qu'on a aussi pu le voir sur scène, pendant les playoffs. Il y avait le public et tu sentais que les gens étaient heureux de revivre ça, d'enfin revoir des matchs sur scène. Tu sentais l'émotion en fait.

J'ai l'impression qu'il y avait beaucoup plus d'émotions à Stockholm qu'à Antwerp ou à Berlin par exemple, parce que ça avait manqué aux gens de vivre un Major. Même pour les équipes, j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup plus de sourires, beaucoup plus de gens heureux pendant ce Major et, oui, ça a fait du bien aux joueurs de reprendre la compétition.

 
 
LA STATISTIQUE :

3
Comme le nombre de Majors joués par ZywOo avec ce PGL Major Stockholm, pour une élimination en Legends Stage et deux quarts de finale. Son total se porte aujourd'hui à 6 Majors, pour deux sorties supplémentaires en Legends Stage et une victoire au BLAST Paris Major.

 

Invitée cette fois à partir du Legends Stage, Vitality eut à nouveau du mal à rentrer dans son Major et, après deux défaites, se retrouva dos au mur avant même d'attaquer les Bo3. Loin de ses standards, ZywOo obligeait apEX à avoir une discussion avec lui pour "le pousser par le cul", ce que le capitaine nous partageait à l'époque une fois la qualification acquise. Quelques années plus tard, que retient ZywOo de cet échange ?

 

ZywOo : Après le 0-2, je me souviens qu'on a eu une discussion dehors tous les deux où il m'a dit ce qu'il voulait pour lui, pour l'équipe mais aussi pour moi-même, pour que je performe. Il m'a dit mes quatre vérités pour vraiment que je redevienne le Matou performant et fort pour le Major.

En fait, je pense que ça s'est joué intérieurement. Je n'en ai pas pris conscience directement, mais j'ai dû y réfléchir inconsciemment pendant la nuit, pendant que je dormais, quand j'étais tout seul finalement. Réfléchir au fait que si je n'étais pas fort individuellement, ç'aurait été trop dur pour l'équipe. Si en 0-2, mon capitaine vient me voir et me dit que ça va être dur sans moi, qu'il faut que je performe sinon ça va être la merde et qu'on va sortir en 0-3... pas que ça m'ait changé d'état d'esprit, mais ça m'a plus mis en mode guerrier. Ça m'a motivé et ça m'a donné encore plus confiance en moi-même avec la façon dont il m'a parlé.

C'est un tout qui a fait que je suis redevenu performant, un peu plus fort individuellement, et ça a aidé l'équipe aussi pour que chacun ait plus confiance en lui. Si mes coéquipiers voient qu'on est en 0-2 et que, le lendemain, je suis performant, ils auront peut-être moins peur de prendre leurs duels. Cette discussion m'a aidé mais a aussi aidé l'équipe pour remonter et passer en playoffs.

 

Peu importe leur nationalité, les supporters se sont retrouvés pour soutenir Vitality et ZywOo

Naturellement créé au moment où le Français arriva dans le paysage international, le duel ZywOo-s1mple fut logiquement mis en avant quand approcha ce quart de finale opposant Vitality et Natus Vincere. Engagée dans une de ses plus belle années en termes de résultats et bientôt sacrée en Major, la structure CIS partait évidemment avec le statut de favorite dans ce match. Justement, au-delà de cette opposition entre les deux meilleurs joueurs du monde dont raffolent les médias, avec quelles intentions ZywOo abordait-il ce match ?

 

ZywOo : Dans ces moments, en playoffs, je me dis tout le temps qu'il faut que je sois présent. Ce n'est pas parce que c'est NAVI en face qu'il faut que je sois présent, non, c'est plutôt parce que c'est un quart de finale, tout simplement.

Comme tu l'as dit, les médias aiment bien mettre l'accent sur le duel avec s1mple, mais je n'aime pas trop cette façon de penser des journalistes. Je ne joue pas uniquement contre s1mple. C'est bizarre à dire, mais même si c'était peut-être sa meilleure année individuelle avec 1,35 de rating, il n'aurait pas pu faire ça sans son équipe. C'est ça mon état d'esprit, c'est de me dire que je joue contre NAVI, donc il faut que j'éclate Perfecto, il faut que j'éclate b1t, il faut que j'éclate s1mple pour les battre.

 

Ce n'est pas parce que c'est NAVI en face qu'il faut que je sois présent, non, c'est plutôt parce que c'est un quart de finale, tout simplement.

 

Je ne me disais pas, si j'ai tué s1mple, c'est bon, a on gagné le round, non. Les quatre autres, derrière, ils étaient aussi forts individuellement et ils pouvaient te mettre des patates quand ils voulaient. Il fallait que je sois fort individuellement mais pas que je me dise que je jouais contre s1mple, sinon tu rentres dans une spirale négative où, si tu ne le tues pas ou si tu te fais tuer par un autre, tu vas te dire que tu es mauvais et tu vas commencer à te mettre dans un mauvais état d'esprit, ce n'est pas ce que je voulais.

C'était peut-être la meilleure équipe du monde, individuellement et en équipe c'était vraiment très fort, donc je me mettais un peu de pression mais en même temps pas tant que ça, parce qu'on n'avait pas grand chose à prouver. On voulait les battre, bien sûr, d'autant plus que c'était en Major, mais on savait qu'ils étaient bien meilleurs que nous, donc pas plus de pression que ça.

On voulait juste jouer notre jeu et, malgré tout, le match a été serré même si on perd 2-0. Il me semble qu'on perd 16-13, 16-13 [en réalité 16-11 sur Dust2 et 16-13 sur Nuke], donc on est à deux doigts de l'emporter sur les deux maps. On perd des éco, comme d'hab, c'est Vitality, on perd des rounds cons, mais on sent que malgré le fait que ce soit NAVI, la meilleure du monde, on n'est vraiment pas loin, mais c'est le jeu.

 
 
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I - II - III - IV - V


IV. Paris, le rêve de gosse

Annoncé en septembre 2022, le BLAST Paris Major a petit à petit fait évoluer le discours de ZywOo quant à la victoire et aux trophées. Rencontré à Troyes en décembre de cette même année, il nous partageait ainsi "juste vouloir gagner le Major".

Quelques mois plus tard, lors du RMR de Copenhague, il appuyait ce désir de vaincre en précisant qu'il avait "envie de plus" et que "ce qui reste en mémoire, ce sont les trophées". Des mots et des attentes éloignées du ZywOo que l'on connaissait jusque-là.

 

ZywOo : Je ne pense pas avoir changé d'état d'esprit, mais juste que je ne voulais pas m'exposer à trop d'attentes en interview. À chaque fois que je participe à un tournoi, je veux le gagner. Comme je dis à chaque fois, gagner des récompenses individuelles comme le Top 1 HLTV, ce n'est pas du tout la même chose que de remporter un Major, ça n'a pas du tout la même saveur.

Ce dont je veux me souvenir, c'est ce moment où tu soulèves le trophée avec ton équipe, c'est la soirée qu'on passe ensemble ensuite à kiffer, rigoler. C'est ça qui est marquant pour nous en tant que joueurs, pas les récompenses individuelles. C'est ce que je veux revivre à chaque tournoi et c'est pour ça, comme j'avais répondu à Copenhague, que je veux gagner le maximum de tournois.

Au fur et à mesure des années, des tournois joués, c'est ça qui m'a le plus marqué et, maintenant, je m'en fous un peu plus de performer, je veux surtout qu'on gagne en équipe. Même si on a besoin de moi pour performer, je serais bien plus content d'être Top 5 HLTV en ayant remporté un Major, un Grand Slam ou d'autres tournois que d'être Top 1 sans avoir gagné. Je serais bien plus heureux avec ces victoires en équipe qu'avec les récompenses individuelles.

 
 
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La qualification pour Paris en poche, la préparation à Rio terminée par une victoire, voilà les Abeilles de Vitality prêtes à attaquer ce Major, leur Major. Opposées à G2 Esports puis ENCE dès le premier jour de compétition, elles répondaient présentes avec deux victoires et confirmaient déjà qu'elles n'étaient là que pour une chose, la victoire finale. 

 

ZywOo : Quand tu commences ta première journée de Major en 2-0, tu te dis que l'équipe est bien partie pour, déjà, passer en Champions Stage, que ce soit en 3-0 ou même 3-1, peu importe, et jouer les quarts de finale.

En même temps, il ne faut pas se reposer sur ses lauriers parce que le Major, c'est tellement dur. Tu peux jouer n'importe qui et... quand tu y penses, il y avait Monte, Into The Breach, Apeks et GamerLegion qui sont passées en playoffs. Tu ne peux pas, car tu es en 2-0, car tu as battu G2 et ENCE, te dire que c'est bon, le prochain match est gagné.

 

Ce dont je veux me souvenir, c'est ce moment où tu soulèves le trophée avec ton équipe, c'est la soirée qu'on passe ensemble ensuite.

 

On est resté dans l'état d'esprit où, peu importe qui arrivait en face, on allait se donner à 100 %, que ce soit un grand nom ou un petit nom contre nous. Je crois qu'on a joué Monte pour le 3-0 et on a eu la même mentalité que quand on a joué contre G2 et ENCE, on ne s'est pas dit que ce serait un match facile car c'était Monte, on a gardé ce même objectif de passer en quart de finale.

C'était ça le principal, même s'il y avait les fans la veille, la grosse journée avec les deux victoires, on a gardé la même énergie, la même hargne et c'est ce qui nous a permis de rester très solides pendant ce Major.

 
 
LA STATISTIQUE :

1,60
Comme le rating de ZywOo sur la première et la dernière carte jouée dans le BLAST Paris Major, d'abord contre G2 Esports puis contre GamerLegion. Sur ces dix maps jouées et remportées, sa moyenne se porte à 1,39, avec une pointe à 1,70 et un "creux" à 1,20, les deux contre Into The Breach en quart de finale.

 

En juillet 2023, alors que l'Équipe de France de rugby se préparait à jouer une Coupe du Monde à domicile, Didier Deschamps - vainqueur de la Coupe du Monde de football 1998 en France - avait rendu visite aux joueurs et leur avait notamment partagé son expérience.

En conférence de presse, Brice Dulin - arrière du Stade Rochelais - offrait un bout de cet échange : "Il nous a précisé qu'une grande aventure en Coupe du monde partait de nous, que la cohésion dans le groupe et que les rapports entre les joueurs et le staff étaient importants, et qu'il fallait qu'on profite dès maintenant de ces moments parce que ça passe très vite. C'est à partir de ces périodes d'entraînements et de temps libre actuels qu'on crée les choses pour la suite."

Tournant l'interview quelques semaines plus tard, nous nous sommes appuyés sur cet échange pour recueillir le ressenti de ZywOo sur ce groupe qui a vécu un évènement particulier au travers du BLAST Paris Major, à domicile, avec tout cet environnement qui n'avait d'yeux que pour eux.

 

ZywOo : Humainement, franchement, rien à dire, c'était parfait. Le planning qu'on avait, le staff qui était autour de nous avec Lars et Pèche (Lars Robl, responsable de la performance, et Matthieu Péché, manager). On essayait d'avoir tout le temps la même routine avec la marche, la discussion d'avant-match ou même au niveau de l'antistrat qu'on avait avec les coachs (zonic et MaT).

C'était incroyable, tu sentais que les cinq joueurs et même le staff étaient prêt à partir à la guerre tous les jours. Un joueur pouvait être un peu malade, un peu fatigué, un autre allait donner ces quelques pourcentages en plus pour compenser. Tout le monde était prêt, mentalement et individuellement, à partir à la guerre pendant tout le Major et c'est ce qui a fait qu'on se sentait bien.


L'ESL One Cologne 2019, jusque-là le plus beau souvenir de ZywOo

Même pour aller sur scène, on se sentait bien, on n'était pas stressés, on savait que chaque coéquipier à côté de nous était confiant, bien dans sa peau. Peut-être, un moment, tu pouvais ressentir du doute, mais tu avais juste à regarder tes partenaires autour de toi pour directement repartir à 100 %, directement reprendre confiance.

Je pense que je n'ai pas eu peur ne serait-ce que pendant un match. Même si, parfois, on perdait des rounds cons, l'environnement qu'on avait créé nous donnait tellement de confiance que le doute n'avait pas le temps de s'installer. C'était incroyable en fait. Parfois, quand je revois des images de la scène, quand je vois le public, je me dis que j'aimerais bien rejouer un match devant eux, parce que c'était juste incroyable.

Avant, mon meilleur moment c'était Cologne 2019, quand on joue en finale contre Team Liquid. Maintenant, Paris est tellement au-dessus, avec tous les fans qui étaient là, la préparation qu'on a faite avant. Tout s'est tellement bien déroulé que c'est incroyable.

 

Repenser au BLAST Paris Major, c'est repenser à tous ces acteurs qui ont transformé l'Accor Arena en un lieu de fête autour de Counter-Strike: Global Offensive, des quarante joueurs engagés dans les playoffs à cette équipe presque locale de Vitality où l'on retrouvait apEX et ZywOo. Concentré sur cet unique objectif qu'était la victoire finale, le 21 mai 2023, ZywOo a-t-il cependant réussi à profiter de tout ce qui l'entourait ? 

 

ZywOo : Profiter, c'est dur à dire parce qu'on était vraiment focus, même pendant nos matchs. Sur les pauses techniques, oui, on avait le temps de lever les yeux pour regarder le public, même si avec Spinx on avait la sécurité devant nous comme la scène était arrondie (il rigole).

Ça me donne des frissons d'en parler mais c'était incroyable à vivre, d'être devant les Français pour ce qui est pour l'instant le seul Major en France. On s'était préparé pendant six mois, constamment, pour arriver au bout de ça et, oui, c'était incroyable.

 

Tout le monde était prêt, mentalement et individuellement, à partir à la guerre pendant tout le Major.

 

Est-ce qu'on en a profité au final ? Je pense que tout le monde a profité. On était vraiment focus mais, dans cette concentration, on arrivait à vivre de bons moments avec le public, comme quand on arrivait et qu'il y avait tout le monde au-dessus de nous, sur le pont, qui nous attendait pour nous encourager avant la game. Quand on sortait pour parler, ils étaient tous là aussi.

Même si on était focus, on ressentait les fans autour de nous, ils arrivaient très bien à nous partager leur soutien. Je pense qu'on a donné 90 % et eux nous ont donné 10 % de force en plus. Peut-être qu'à des moments on serait tombés mais, grâce aux fans, on a pu se relever, parce qu'on voulait déjà tellement jouer un match devant eux. Au final, on en a joué trois, et ce moment était juste incroyable.

 

De la Nexen au titre du BLAST Paris Major, il n'y a qu'un clic, et quelques années
(passez votre souris sur la photo pour faire apparaître la seconde)

Durant ces quelques jours à Paris et d'autant plus durant les quelques secondes qui ont précédé ces célébrations trophée en main, ZywOo et apEX ont partagé quelque chose de plus que leurs coéquipiers. Sans mot, juste avec des regards, on a ainsi pu ressentir de l'extérieur que quelque chose de spécial était en train de se passer entre eux. 

 

ZywOo : Bien sûr, c'était quelque chose de spécial à vivre avec Dan. C'était le Major de Paris, en France, on voulait aller le chercher depuis son annonce, c'était très important pour nous. Après la victoire, les regards, comme tu dis... On était les deux seuls Français de l'équipe, on était heureux l'un pour l'autre parce qu'on a réussi à faire ce que d'autres n'ont pas pu faire. C'est une chance extraordinaire de l'avoir fait. C'est pour ça qu'on a échangé des regards, on était heureux de pouvoir se dire qu'on a enfin le Major, qu'on l'a enfin gagné. 

 

Un peu plus de deux mois après avoir soulevé ce trophée avec ses partenaires, après avoir eu l'occasion de profiter de la coupure estivale pour prendre des vacances, ZywOo réalise-t-il ce qu'ils ont réussi à faire ? A-t-il pris conscience qu'il a remporté son premier Major, mais aussi le premier de la structure ou encore le dernier de Counter-Strike: Global Offensive ?

 

ZywOo : On enchaîne tellement que c'est dur de réaliser. On a eu des vacances, j'ai pu un peu réaliser mais ça n'a pas duré très longtemps. C'est bizarre à dire, mais on a savouré pendant une semaine peut-être.

Est-ce que j'ai vraiment pu réaliser ? Je pense que non en fait. Tant que l'année ne sera pas terminée, je ne pourrai pas réellement me dire que j'ai gagné un Major, ou même le cinquième pour Peter (dupreeh), la quatrième pour Emil (Magisk), le second pour Dan (apEX), le premier pour Lotan (Spinx) et le dernier de CS:GO.

 

Même si on était focus, on ressentait les fans autour de nous, ils arrivaient très bien à nous partager leur soutien.

 

Je ne le réalise toujours pas parce qu'on enchaîne tellement, là ça fait déjà un mois qu'on est partis. On a eu trois semaines de vacances mais, finalement, ça passe tellement vite comme tu en profites pour voir la famille et tes proches.

On enchaîne tellement dans nos vies que, pour l'instant, je n'ai pas eu l'occasion de me poser un jour et de me dire "c'est bon, je l'ai fait, j'ai réalisé mon rêve de gagner un Major", je ne suis pas à ce stade.

 
 
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I - II - III - IV - V


V. Conclusion

La fin de cet échange autour de l'histoire de ZywOo avec les Majors approchant, plutôt que de nous-même conclure sur un parcours qui nous passionne, nous lui avons demandé de nous partager sa perception de cette histoire qu'il a écrite au travers des six Majors qu'il a joués.

 

ZywOo : Paris, c'est beaucoup d'émotions. C'est le plus grand moment dans ma vie et je pense que, toute ma vie, je vais repenser à ce Major. Je ne sais pas si un jour j'aurai des gosses mais, si j'en ai, je vais leur montrer le Major de Paris que j'ai gagné.

Depuis que je suis tout jeune, j'ai toujours voulu faire des Majors, j'ai toujours regardé des NiP, fnatic, EnVyUs - avec le Apoux [ndlr : après avoir terminé son média day, apEX est venu s'installer derrière la caméra pour la fin de l'interview]. Ça m'a fait grandir et peut-être aussi mûrir dans ma vie de tous les jours.

En fait, les Majors, je voudrais toujours continuer à les jouer, toujours avoir la possibilité d'apprécier ces moments parce que peut-être qu'un jour ça va s'arrêter, peut-être que je ne pourrai plus jouer de Major car je serai trop vieux ou que le poignet sera trop usé.

En attendant je veux toujours vivre ces moments-là en équipe et les kiffer.

 

Le tout jeune rêveur | Crédit : ZywOo


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