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Blog de la rédac : La jeunesse prend le pouvoir sur CS:GO

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Le 19 avril 1775, une armée bigarrée de miliciens américains prend, pour la première fois, les armes contre son souverain colonial en débutant le siège de Boston. Sans le savoir, la capitale du Massachusetts entend le premier coup de canon d’un mouvement qui débouchera sur une révolution majeure et la création d’un nouveau pays, les États-Unis, qui allait disrupter l’équilibre international pour les siècles à venir. 243 ans plus tard, toujours à Boston, cinq américains disposent de la superpuissance européenne FaZe. Là encore, c’est un coup de fusil qui change l’histoire, un ultime frag de Tyler Latham, alias Skadoodle, qui annonce une transformation radicale de la scène internationale. Un an et quelques mois plus tard, une équipe américaine d’à peine 21 ans de moyenne d’âge domine outrageusement le jeu, alors que les légendes prennent la poussière et qu’une nouvelle génération détruit tout sur son passage. Alors, simple épiphénomène ou véritable révolution ?

L’Ancien Régime européen sur CS:GO

Depuis le lancement du jeu, la suprématie européenne fut quasiment indiscutable. Celle-ci se divise en trois blocs géographiques principaux, se disputant la plupart des titres et des honneurs. Au nord, les royaumes scandinaves représentent une indiscutable superpuissance de 2013 à 2018. Acteurs majeurs des premières années de la scène internationales, NiP et fnatic se succèdent et créent les deux premières ères du jeu. D’abord dans l’ombre, leurs voisins danois explosent en 2018, réinventent le jeu grâce à une professionnalisation aboutie et une précision inédite dans leur approche stratégique.

Plus à l’est, les familles russo-ukrainiennes et polonaises assurent une dose de chaos contrôlé dans l’aristocratie européenne. Que ce soit le jeu explosif des Virtus.pro ou l’approche plus posée des hommes de Zeus chez Na’Vi, l’inventivité et l’intelligence sont au coeur des approches orientales héritées des temps anciens, ceux de Tuscan et Aztec.

Enfin, à l’ouest, la dynastie des joueurs de CS:Source règne sans partage sur le trône de France. Talentueux, émotifs, indisciplinés, géniaux, impulsifs, ils luttent sans cesse pour la domination mondiale sans pour autant arriver à créer une ère durable comme les Suédois. En cause, l’instabilité des équipes et les innombrables révolutions de salon, aussi excitantes que conservatrices dans leur refus d’intégrer de nouvelles pièces au puzzle.

scene frLes joueurs français discutant du Grand Shuffle de 2014

Telle était encore, peu ou prou, la situation de la scène internationale à l’orée l’année 2018. Si les formations avaient varié, l’Europe, par FaZe puis Astralis, continuait de dominer le monde. Certes, l’intermède brésilien de 2016-2017 avait su amener une certaine fraîcheur, porté par un carré d’or FalleN/coldzera/fer/TACO. Certes, Cloud9 avait connu un été très chaud en 2015, et les plus anciens se souviennent de la trop brève campagne d'iBUYPOWER en 2014. Des anecdotes, plus qu’une tendance : en réalité, la scène européenne et ses légendes restaient sûres de leur fait, continuant à dominer sans partage le reste du monde.

 

Les légendes à l’agonie

Comment comprendre, alors, qu’en 2019, toutes ces légendes aient quasiment disparu des cimes de CS:GO ? Côté suédois, la chute a été lente et pénible pour NiP, d’abord rentrée dans le rang lorsque la compétition s’est corsée en 2014 et 2015, puis disparue des podiums ces dernières années. Retraités, convertis en support, englués dans le second tier, les invincibles Ninjas ont perdu leur lustre d’antan. Et que dire de fnatic, peut-être l’équipe la plus dominante de l’histoire du jeu ? olofmeister, meilleur joueur du monde en 2015, traine sa peine chez FaZe alors que flusha multiplie les retours ratés et que JW tente, en vain, de renouveler un jeu devenu caricatural. Côté danois, le bilan est moins critique tant l’impression de l’année 2018 d’Astralis reste forte. Pourtant, leurs performances récentes interrogent et les vieux démons de TSM pointent leur nez. Lors de leur demi-finale contre Vitality à Cologne, device fut totalement absent et dupreeh peu inspiré. A croire que même les invincibles Danois ont été pris de court par la révolution actuelle.

Doit-on vraiment commenter la chute des grands de l’Est ? Le cinq mythique de Virtus.pro a complètement disparu du top, éparpillé dans des équipes à l’intérêt relatif alors que chez Na’Vi, seul Zeus garantit une certaine continuité. Les Edward, starix, ceh9 et autres seized sont à ranger dans les antiquités, pendant que GuardiaN tente, tant bien que mal, de faire exister FaZe. Dans les deux cas, personne ne semble en mesure de prendre la relève de façon durable. L’étoile s1mple brille bien seule chez Na’Vi et la scène polonaise est un chantier désespérant. Même les joueurs de Gambit, surprenants vainqueurs de la bataille de Cracovie en 2017, sont retombés dans l’anonymat : qui se rappelle d’un match récent au plus haut niveau joué par Dosia, mou ou Hobbit ? Quant à FaZe, équipe cosmopolite par excellence, qui a tout misé sur la grandeur passée, les résultats parlent d'eux-mêmes. Ce qui serait un cinq majeur invincible en 2016 semble totalement hors-sujet en 2019, et on est presque peiné de voir de tels noms voguer de déception en déception.

NiKoEmpilant les défaites comme les légendes, FaZe fait figure de cimetières des éléphants de CS:GO (photo : HLTV.org)

Paradoxalement, la scène française, auparavant si fermée au vrai changement, semble être la seule à avoir réussi à prendre le train en route. Ce changement ne s’est pas fait sans dégâts, et on imagine la réaction d’un fan de 2014 si on lui expliquait qu'Happy jouait en ce moment les qualifications pour la MDL, qu’Ex6TenZ venait de se faire éjecter d’une équipe du Tier 2 européen, que kioShiMa n’avait pas eu d’équipe depuis plus d’un an et que SmithZz était à la retraite. A l’inverse, NBK, apEX et RpK ont rapidement compris l’intérêt de donner les clés du camion à la nouvelle génération, un phénomène également en cours chez G2, régénérée par les arrivées successives de Lucky, JaCkz et AmaNEk.

"Mais c’est une révolte ? - Non sire, c’est une révolution !"

C’est désormais acté : plus d’un an après la bataille de Boston emportée par Cloud9, une équipe américaine est sur le toit du monde. Dans cette formation, ce sont nitr0, 23 ans, et EliGe, 21 ans, qui font figure de vétérans du circuits, eux qui ont rejoint Team Liquid en 2014. A leur côté, NAF était totalement inconnu avant de signer chez OpTic en 2016 alors que Stewie2k était, à la même période, une starlette de FPL. Quant à Twistzz, ce n’est qu’en 2017 qu’il a fait ses premières étincelles avec TSM et Misfits. Encadrées par adreN, ces jeunes pousses viennent d'enchaîner quatre victoires en quatre tournois majeurs, emportant l’Intel Grand Slam en 66 jours : IEM Sydney, DreamHack Masters Dallas, ESL Pro League Saison 9 et ESL One Cologne.

StewieGravure rare de George Washington franchissant le Delaware en 1776 (photo : HLTV.org)

L’erreur serait alors de penser qu’ils sont un phénomène isolé, une bande de jeunes insouciants qui bousculent temporairement l’ordre établi. En effet, un coup d’oeil sur les équipes qui montent démontre l’inanité de cette position et la multiplication des nouvelles têtes enfin prêtes à prendre la place qui leur revient. En Amérique du Nord, NRG a commencé sa folle ascension en faisant venir un CeRq même pas majeur et Ethan, 18 ans, en perdition chez CLG. C’est ce duo, complété par un Brehze à peine plus âgé, qui porte ce projet séduisant. Plus au sud, exit les légendes qui nous avaient émerveillés en 2016, les nouveaux patrons brésiliens s’appellent KSCERATO, yuurih et arT. Quasiment inconnus il y a un an, ils ont explosé à l’international au printemps, séduisant les fans grâce à leur jeu ultra-offensif, comme un hommage à la tradition carioca de Telê Santana.

Sur le Vieux continent, la tendance est la même. Tous les espoirs scandinaves reposent sur cinq Finlandais stoïques qui ont ravagé le dernier Major et qui, hormis allu, n’avaient jamais joué au plus haut niveau. Quant à la légendaire scène suédoise, son avenir passera bien plus par les Brollan, nawwk, Lekr0 et autres REZ que par GeT_RiGhT, flusha ou Xizt. Idem à l’est, où Na’Vi a fait le pari de la jeunesse pour rester légitime. Dans le sillon de la merveille s1mple, on retrouve maintenant electronic et Boombl4, vents d’air frais issus d’une scène qui se transforme petit à petit, avec une flopée de jeunes équipes comme AVANGAR et forZe. Enfin, mousesports, contrairement à FaZe, a pris avec succès l’option internationale en privilégiant la nouvelle génération. Sous la houlette du brillant karrigan, on retrouve ropz, woxic et frozen, des joueurs dont l’histoire reste à écrire et qui imposent leur folie à chacune de leurs sorties. On pourrait évoquer blameF, valde ou encore huNter, les exemples de jeunes qui visent le top en ce moment ne manquent pas.

Enfin, comment parler de révolution générationnelle sans parler du cas français ? D’abord, une évidence, ZywOo. Celui que tout le monde voyait au top confirme et dépasse les espérances. Empilant les titres de MVP dans les plus gros tournois, le virtuose de Vitality écrase tout sur son passage et bat tous les temps de passage dans sa progression. Il y a un an, l’immense majorité des fans ne le connaissait que par quelques clips de ses actions en FPL ou en ECN avec aAa. Aujourd’hui, il possède de sérieux arguments pour prétendre au titre de meilleur joueur du monde, rien que ça. Mais n’attribuer l’explosion de Vitality qu’à ZywOo serait injuste, tant l’arrivée d’ALEX a fait du bien. Là encore, il faut reconnaître le flair d’un NBK, qui a renoncé à mener l’équipe qu’il avait fondé pour laisser la place à un nouveau venu. Aujourd’hui, ces deux joueurs sont les artisans majeurs des succès de l’équipe à l’abeille, actant une passation de pouvoir qu’on n'attendait plus.

Portée par ses jeunes, Vitality figure maintenant parmi les toutes meilleures équipes du monde

Chez G2, le processus est quelque peu différent, mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir l’impact du sang frais sur cette équipe. Au-delà des résultats, on ne compte plus les interviews où sont évoquées l’énergie nouvelle apportée par JacKz et Lucky et les contributions tactiques d’AmaNEk. Il aura fallu des années de crises et de déception pour en arriver là, mais le constat semble clair : comme l’Amérique quelques années avant, la France, encroutée dans des luttes intestines stériles, s’est enfin engagée dans une révolution drastique dont les résultats positifs se font déjà sentir. Décidément, sur les serveurs comme dans les manuels, l’histoire reste un éternel recommencement.

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