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Quelle langue au cast pour le Major de Paris ?

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Page 1: Version française

Depuis l’annonce du Major en France, de nombreuses interrogations ont émergé concernant la langue qui sera utilisée pour le cast au sein de l’Accor Arena. 

Ces questionnements sont légitimes car ESL, l’organisateur du Major à Rio qui aura lieu du 31 octobre au 13 novembre prochain, a annoncé que le portugais brésilien serait utilisé dans la Riocentro Arena, la Jeunesse Arena ainsi que la fanzone animée par Gaules, le célèbre streamer brésilien. Ce choix d’ESL peut se comprendre pour différentes raisons : la popularité de Counter-Strike au Brésil qui a aussi poussé à intégrer du public dès les premières phases du Major, la difficulté d’accès pour les supporters étrangers qui seront sans doute moins nombreux à être pénalisés par l'absence d'anglais, et la potentielle ambiance mise par les fans auriverdes hypés par leurs casters nationaux. 

Ce sera la première fois que les voix des commentateurs diffusées dans l’arène ne seront pas en anglais lors d'un Major. La France suivra-t-elle ce modèle alors que l’organisateur du tournoi parisien, BLAST, n’est pas le même ? 

Certains tweets ou articles l’espèrent et d’autres l'affirment même en s’appuyant sur un argument juridique : la loi Toubon

Tout est bon dans la loi ?

La loi Toubon est une loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française. Elle fait suite, 455 ans après, à l’ordonnance de Villers-Cotterêts, imposant la langue française dans les documents administratifs. Selon Jacques Toubon, ministre de la Culture et de la Francophonie de l’époque qui deviendra ensuite Défenseur des Droits et à qui la loi doit son nom, cette dernière “prévoit l'emploi du français dans les différentes circonstances de la vie sociale telles que le travail, la consommation, la publicité, les médias, les services publics, l'enseignement et la recherche.”. Évidemment, rien n’est prévu concernant les compétitions de jeux vidéo pendant lesquelles la voix des commentateurs est retransmise dans le lieu où a lieu ladite compétition, car accordons-nous sur un point, c’est une spécificité de l’esport, domaine auquel personne ne pensait en 1994. 

Jacques Toubon : défenseur de la langue française et "Défenseur des droits"

Néanmoins, outre la publicité, des dispositions se rapprochent de ce qui nous intéresse. L’article 20-1 de la loi Léotard, créée par la Loi Toubon (oui, ça devient technique), prévoit que “l'emploi du français est obligatoire dans l'ensemble des émissions et des messages publicitaires des organismes et services de communication audiovisuelle, quel que soit leur mode de diffusion ou de distribution, à l'exception des oeuvres cinématographiques et audiovisuelles en version originale”. Certes, avec ce texte, nous ne sommes toujours pas dans le cas des voix utilisées dans la salle, mais plutôt dans le cadre de la diffusion. Et puis l’article 2 de la loi Léotard ne s'intéresse qu'à la communication audiovisuelle, et aucunement aux évènements physiques.

Il semble donc que la loi Toubon ne vienne pas réguler la langue des voix utilisée dans une salle pour un événement organisé en France, et cela semble logique si une analogie est faite avec le concert d’un artiste étranger orchestré sur le sol français. 

Une autre loi, celle de l’éditeur

Valve laisse des libertés aux organisateurs mais un RuleBook assez complet existe tout de même concernant l'organisation du Major, en particulier sur le comportement des coachs, évidemment. Mais rien n’est spécifié sur le cast ou la langue utilisée. Là encore, chou blanc.

"Gabe Newell tenant le Rulebook de Valve (étonnamment vide)" selon une intelligence artificielle

Quels sont les précédents des événements esport organisés en France ? 

D’autres compétitions importantes dans l’esport ont été organisées en France, que ce soit sur Counter-Strike ou d'autres titres. 

Si vous n’êtes jamais allés voir une compétition d’esport majeure sur place, voici comment cela se passe : la majorité du temps, un ou des présentateur(s), les "hosts", sont présents sur scène pour interviewer les joueurs et chauffer le public. En parallèle, il y a les casters, comme dans le sport traditionnel, mais on les entend directement dans la salle où a lieu la compétition. 

Donc, pour ce qui est des autres jeux :

  • Pour League of Legends, la finale des Worlds de League of Legends (l'équivalent d'un Major) a été organisée à Paris en 2019, tout comme la finale du Mid-Season Invitational (MSI) en 2018 et la finale du tournoi européen en 2017. Ces trois événements avaient des présentateurs et commentateurs s’exprimant en français ;

  • Pour Rainbow Six: Siege, le Major de 2018 a été organisé à Paris et les choix paraissent plus étranges, notamment venant d’un éditeur français (Ubisoft). Avant le match, la présentation des équipes avait lieu en anglais (même pour la line-up française Vitality), alors que les commentaires durant les rencontres étaient ensuite, sur place, en français. Cette combinaison peut s’entendre afin d’avoir pour la diffusion web un produit fini : sur Twitch, le public anglophone a droit à un contenu intégralement en anglais, tout en permettant au public de la salle d’avoir le cast en français. 

Et pour Counter-Strike, car oui, le Major de 2023 ne sera pas le premier événement d’envergure organisé en France sur le jeu de Valve :

  • La DreamHack Marseille 2018 fonctionne de la même manière que le Major de R6S, un host en anglais et le cast en français dans la salle (si si, tendez l’oreille !). 

  • La DreamHack Tours 2017, remportée par les G2 de shox, est la seule compétition que nous avons trouvée lors de laquelle la présentation et le cast étaient en anglais partout, ce qui confirme que la loi Toubon n'a pas réellement d'influence sur les compétitions esport.  

  • Enfin, lors des Finales de l’ESL Pro League S9 organisées à Montpellier en 2019, l’intégralité était en français.

Dans six exemples sur sept, le cast sur place était en français, même si l'anglais avait aussi son mot à dire au niveau des hosts dans trois autres cas.


On peut distinguer les commentaires en anglais dans la salle lors de la DH Tours 2017, à 1:15

Nous avons contacté Jean-Christophe Arnaud, ancien manager général chez ESL France et DreamHack France (et aujourd'hui directeur de l'agence Malorian). La première chose à retenir de cet échange, qui confirme le flou global, est : il n'existe pas de règle. Les différents choix dépendent de chaque situation et de différents critères (par exemple, les places sont-elles payantes ou non). Selon Jean-Christophe Arnaud, le public français serait toutefois l’un des seuls à ne pas se contenter d’un cast en anglais sur place. 

D’autres raisons peuvent influer sur la langue choisie. Tout d’abord, la volonté de l’organisateur d’avoir un produit immédiatement fini pour la diffusion internationale, c'est-à-dire entièrement en anglais. Pour cela, la présence d’un présentateur anglophone paraît évidente. Ensuite, le souci d’avoir un public réactif et donnant de la voix lors des matchs. Des commentateurs natifs du pays où se déroule l'événement peuvent alors sembler plus évidents, sauf dans des territoires où le pourcentage de bilingues est élevé ou si le pays ne représente pas une communauté assez importante.


Un facteur important : le niveau d'anglais pas folichon des Français (source : IFOP) 

Aussi, le fait de savoir si la salle sera remplie seulement par les supporters nationaux ou si les visiteurs étrangers seront nombreux. Il suffit de voir la virulence de réactions et le nombre de voyages potentiellement annulés en cas de cast français au Major parisien pour comprendre l'impact de ce choix, même si un thread reddit n'est évidemment pas extrêmement représentatif. 

Enfin, un dernier élément à prendre en compte, la présence, ou non, de talents susceptibles d’assumer les rôles de présentateurs et de casters pour des événements importants. Sur ce dernier point, la France ne manque pas de candidats plus ou moins légitimes. 

BLAST n’étant pas ESL et n’ayant pas d’antécédents dans notre pays, prendre des paris est risqué. Néanmoins, au vu de l’engouement français autour de l’annonce du Major et des précédents événements du même type ayant eu lieu dans l'Hexagone, il est plus que probable que le cast au sein de l’Accor Arena soit dans la langue de Molière. Pour ce qui est des hosts sur scène, qui gèrent les interviews d'avant/après-match, la présentation des équipes, etc., le pronostic paraît plus compliqué au vu de l'hétérogénéité des situations ayant déjà eu lieu et du bénéfice que cela apporte à l’organisateur.

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