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Les paris sur l'esport, est-ce légal ?

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Octobre 2014, un scandale de matchs truqués éclate sur la scène Counter-Strike polonaise suite à des paris suspects de joueurs sur feu la plateforme CSGOLounge. La polémique enfle lorsqu’au début de l’année 2015, iBUYPOWER se retrouve mêlée à une affaire de matchfixing et voit ses joueurs être bannis des événements CS.

Près de neuf ans plus tard, les problèmes de fraude aux paris esportifs ne sont toujours pas réglés sur Counter-Strike (l'affaire Joel chez GODSENT le prouve encore récemment), et cela semble être une tâche impossible.

Des stickers aux prix exorbitants, dont l'origine est un scandale de paris

Mais quelles sont les règles exactes autour des paris ? Existe-il un encadrement législatif, que ce soit en France ou ailleurs ? Et quelles sont les solutions pour lutter contre la fraude ?

 

En France, une interdiction réaffirmée

Non, vous n’y échapperez pas : petit rappel juridique sur la situation en France. 

En France, il est interdit de proposer des paris sur des matchs de compétitions de jeux vidéo. En effet, cette pratique est considérée comme une activité de jeux d’argent illégaux au titre de l’article L. 320-1 du Code de la Sécurité Intérieure. En outre, la loi de 2016 qui a introduit la notion de compétitions de jeux vidéo est venue expressément exclure les paris sur celles-ci.  

Il est à noter que pour les compétitions sportives traditionnelles, il existe une liste de compétitions sur lesquelles il est autorisé de parier. Pour en ajouter une nouvelle ou un nouveau type de paris, l’opérateur de jeux (par exemple, PMU ou Betclic) doit présenter à l'Autorité Nationale des Jeux (ANJ) une demande d’autorisation argumentée qui sera étudiée dans un délai de 3 mois.

Dans l'Hexagone, la situation est donc assez claire d’un point de vue juridique. 


Des règles plus souples à nos frontières 

Chez nos voisins belges, la Commission des jeux de hasard (l’ANJ belge) a estimé en 2016 que les paris sur l’esport ne pouvaient pas être considérés comme des paris sportifs, mais comme des paris sur des événements. Ce type de paris peut être uniquement proposé en ligne et dans des agences de paris attitrées. Une position réaffirmée en 2020.

Ainsi, les paris sur l’esport sont autorisés en Belgique sous certaines conditions, chose intéressante dans un pays ayant une politique très stricte sur les "lootboxes" en interdisant les caisses sur Counter-Strike (Page 16 du Rapport d'enquête sur les lootboxes de la Commission des jeux de hasard). 

L'esport ou les fameux jeux de championnat par ordinateur

En Italie, une liste des jeux et des compétitions sur lesquelles il est autorisé de parier a été établie. On y retrouve notamment des compétitions de Rocket League, de LoL ou encore de Dota2, mais pas de Counter-Strike. 

Au Royaume-Uni, l’esport est en revanche traité comme tout autre évènement ayant lieu en direct, sur lesquels les paris sont autorisés.

On pourra également citer Malte parmi les pays autorisant les paris sur l’esport. 

En dehors de ces exemples, de nombreux pays européens autorisent le principe des paris sur l’esport, mais adoptent des positions différentes en ce qui concerne l’encadrement de cette pratique. 


De multiples raisons pour l’interdiction en France

Revenons sur nos terres. La question des paris sur l’esport est réapparue à de nombreuses reprises dans le débat public. La Française des jeux (FDJ) avait même mis en place en 2017, juste après la reconnaissance légale de l’esport, une plateforme appelée "Parions Esport", qui permettait de placer des paris gratuits sur différents matchs d’esport, dont ceux de Counter-Strike. Aucune somme n'était à débourser et les joueurs avaient la possibilité de remporter des lots. Mais l'outil a fermé ses portes en août 2020. 

Êtes-vous capables de dire qui a gagné ces deux matchs ?

Une courte expérimentation sur laquelle la FDJ nous a indiqué qu'il s’agissait d’un test par le biais d’une expérience pilote de paris esportifs gratuits. Ainsi, nous avons souhaité prioriser notre activité d’opérateur de paris sportifs à travers nos deux marques Parions Sport en ligne et Parions Sport point de vente.

Ce positionnement de la FDJ, qui tâtait le terrain, laisse apercevoir un espoir de légalisation de ces paris du côté des opérateurs. Début 2021, dans un article de L'Équipe sur le sujet, Martin Houdbine, directeur de Betclic France, espérait l’arrivée des paris esportifs dans l’année. Mais le législateur n’est pas (encore) de cet avis. 

Les autorités françaises avancent de nombreux arguments dont “l’âge du public et des compétiteurs, en grande partie mineurs et la difficile maîtrise du risque de manipulation des compétitions” (page 85 du rapport de la Cour des Comptes sur les jeux d’argent et de hasard), ou encore l’absence de maturité du secteur esportif et la possible pression que pourrait subir des joueurs ayant des rémunérations plus faibles et subissant une grande précarité. 

Difficile de balayer d’un revers de main ces considérations quand plusieurs scandales de matchfixing éclatent chaque années rien que sur Counter-Strike, le  dernier en date étant le joueur Joel de chez GODSENT, structure suédoise jouant quelques tournois d'assez haut niveau (T2). 

D’autres arguments, existant par ailleurs dans le sport traditionnel, expliquent également cette frilosité.

En premier lieu,  les paris sur l’esport soulèvent des problématiques salariales. Dès lors que des joueurs jouant des tournois T2 et T3 (parfois même T1) ne perçoivent aucun salaire – ou un salaire moindre – et ne se rémunèrent que via leurs sponsors personnels et les cashprizes, le matchfixing peut être un moyen de compenser cela et d’arrondir les fins de mois, notamment pour ceux sans grandes perspectives d’avenir. 

Par ailleurs, l’avenir, parlons-en. La durée des carrières dans l’esport est souvent très courtes et de nombreux joueurs arrêtent la compétition bien avant leurs 30 ans. Même un joueur du calibre de kennyS a été bench de chez G2 Esports à 25 ans, et en dehors de telles légendes, peu de joueurs se reconvertissent dans l'écosystème. Certains commencent certes tôt le haut niveau, comme m0nesy, recruté par G2 à 16 ans, mais cela peut aussi constituer un facteur de risque, puisqu'ils peuvent être plus influençables. 

Il est aussi possible de citer, comme autres facteurs de risque : 

  • La tenue en ligne de nombreuses compétitions (absence de contrôle du matériel des joueurs, liberté totale pour les équipes) ; 

  • La multiplicité des combinaisons de placements de paris possibles : il est facile de ne perdre qu'un round précis ou une carte sur Counter-Strike sans que cela ne soit flagrant ;  

  • La différence du niveau de vie entre les joueurs en fonction de leur origine, ce qui peut pousser certains plus que d'autres à se laisser tenter par l'appât du gain facile.

 

De nombreuses offres s'avèrent cependant accessibles depuis la France 

De nombreux sites étrangers proposent une offre légale de paris esportifs. Ces sites sont, pour la plupart, accessibles depuis la France, même si un contrôle poussé est réalisé : la fourniture d’une pièce d’identité et d’un justificatif de domicile est souvent requise pour finaliser l’inscription. Un Français souhaitant parier sur de l’esport rencontrera alors quelques difficultés. 

Un exemple avec Unibet, présent en Belgique sur de nombreux jeux

Cependant, des sites accessibles depuis la France, même sans VPN, et souvent enregistrés au Curaçao (petite île des Caraïbes), permettent de facilement parier sur de l’esport sans avoir à se soumettre à l’obtention d’une licence dans les pays où ils opèrent. Chose amusante, malgré leur totale illégalité, certains de ces sites procèdent à une vérification d’identité, ce qui pourrait également présenter un risque en matière de données personnelles des parieurs. 

Ainsi, malgré la législation nationale, le parieur français voulant à tout prix miser peut placer les sommes qu'il souhaite sur la victoire de Vitality au prochain Major. Face à ce phénomène, est-ce que la légalisation des paris esportifs n’apparaît pas comme une fatalité afin de protéger les joueurs ?


Quelles perspectives ?

Il est difficile d’empêcher l’existence d’offres illégales, mais la mise en place d’offres légales devrait les réduire et permettre, entres autres, de contrôler l’âge des joueurs, d’offrir des plateformes plus sûres et d'imposer des limites de paris. 

Afin d’éviter les problématiques précédemment évoquées en termes de matchfixing et de triche, une des possibilités pourrait être une ouverture progressive des offres de paris esportifs avec en premier lieu le haut du panier (Majors de Counter-Strike, The International sur Dota2, Worlds sur LoL, etc.), via une liste de compétitions et de matchs autorisés sur le modèle italien.

Ainsi, les facteurs de risque seront grandement réduits et les garde-fous pour l’élargissement à des compétitions moins importantes pourront être évalués en fonction du bilan qui sera retiré de cette première ouverture. 

Dans tous les cas, cette question de la légalité des paris esportifs va s’amplifier à mesure du développement de l’esport et, en parallèle, des offres illégales. Elle devra donc rapidement être reprise en compte par le législateur. 

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