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NBK et la CSPPA, le grand entretien (2/3)

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Après un premier volet introductif sur le fonctionnement et la création de l'Association, suite de notre interview-fleuve avec Nathan "NBK" Schmitt. Cette fois-ci, on rentre dans le vif du sujet avec trois points majeurs qui concernent la CSPPA : les relations entre l'Association et le subtop, sa communication défaillante et les problématiques liées au calendrier des compétitions.

Vous pouvez retrouver la première partie de l'interview ici.

Depuis sa création, une des critiques récurrentes adressées à la CSPPA fut celle de la représentation des joueurs du subtop. Avec un Conseil des Joueurs uniquement constitué de joueurs évoluant au plus haut niveau, nombreux sont ceux qui s'interrogent sur leur capacité à prendre en compte les griefs spécifiques des divisions inférieures. En effet, malgré son ouverture apparente à ces joueurs, grâce à la facilité de l'inscription à la CSPPA pour tout professionnel, le positionnement de l'Association lors de la création de l'ESL Pro Tour a pu décevoir.

À cette occasion, ESL avait unilatéralement décidé d'ignorer les équipes qui s'étaient qualifiées pour la Pro League par le biais traditionnel de la Mountain Dew League, créant de facto une nouvelle Pro League avec ses équipes partenaires. Un manque de communication et de considération coupable, qui n'avait engendré qu'une réponse mesurée de la CSPPA, sur une situation où elle est pourtant censée pouvoir monter au créneau.

NBK nous explique plus précisément comment s'articulent ces relations entre la CSPPA et le subtop.

On imagine bien que les intérêts et les problèmes qu’aurait quelqu’un comme Aleksib seraient bien représentés au sein de la CSPPA, mais on peut se poser la question pour des équipes comme LDLC OL, qui est une équipe professionnelle et qui y a toute sa place.

Comment ça se passe pour une équipe du subtop qui voudrait rejoindre l’Association parce qu’elle a des griefs à faire passer sur un organisateur, ou une question de planning ? Quelle serait sa démarche et quels canaux d’information et d’influence pourrait-elle utiliser ?

N’importe quel joueur professionnel qui a signé un contrat peut s’inscrire directement par Internet à l’Association, et avoir accès aux ressources de la CSPPA. C’est arrivé énormément de fois, et malheureusement les gens n’en parlent pas assez, que des joueurs aient signé des contrats merdiques, ou qu’ils aient des problèmes dans le subtop avec une organisation qui ne paye pas les cashprize.

Ils viennent voir l’association et, gratuitement, elle les aide : relecture de contrat, travail en direct avec les organisateurs, etc. C’est déjà énorme, parce qu’avant, ces acteurs-là n’avaient aucun moyen d’avoir un soutien de ce type. Pour moi, c’est un point très important : l’Association de joueurs est très ouverte de ce côté-là.

Pour ce qui est du côté calendrier, tournois, c’est très facile de pouvoir donner les standards d’un tournoi et le transmettre à des organisateurs. Le problème, c’est qu’il y a énormément de tournois à l’heure actuelle. C’est déjà un peu la merde dans le T1 avec les ligues qui ne se respectent pas entre elles à ce niveau-là, et pour moi c’est ça le problème prioritaire. Si tu ne règles pas le plus haut niveau, avec un modèle clair ou ça se passe bien, tu ne pourras pas t’occuper des niveaux inférieurs.

On ne peut pas nécessairement jouer sur plusieurs tableaux à la fois. Si même les personnes qui jouent au jeu au plus haut niveau n’ont pas un calendrier stable et un écosystème qui fonctionne, j’ai du mal à imaginer que le reste de la scène va suivre, sera professionnelle et au même niveau. Si tu n’as pas de modèle sur comment faire les choses pour les meilleurs joueurs, c’est difficile de penser que le reste peut fonctionner proprement.

Je parle en mon nom là, mais je pense qu’il faut régler un problème à la fois, c’est comme ça que j’aimerais fonctionner. Ça ne veut pas dire que la CSPPA ne peut pas aider le reste de la scène, mais on ne peut pas régler 100 % de l’agenda des tournois T2 et en même temps 100 % de l’agenda des tournois T1. Une journée ne fait que 24h, on n’a que deux personnes qui sont actives à plein temps dans l’Association, tu ne peux pas tout régler à la fois. Il y a déjà des problèmes légaux très complexes dans le T1, avec des multinationales qui se battent à coups de millions pour faire 50 000 tournois avec 50 000 bo3. C’est un équilibre très dur à trouver.

Donc, pour l’instant, pour le T2/T3, on est plutôt sur du soutien gratuit pour que les choses se passent mieux pour les joueurs et les équipes, et au niveau systémique on priorise le top niveau.

Un point technique, les deux dirigeants dont tu parles, Mads et Michael, comment ont-ils été choisis ? Est-ce qu’ils ont été élus par les joueurs ? Pourriez-vous les remplacer si vous le souhaitiez ?

Ce sont deux Danois, qui sont arrivés par le biais de Xyp9x, qui a toujours été très actif pour mettre en place l’Association de joueurs. Lui les connaissait, Mads était dans une association de joueurs de football professionnels, il avait cette expérience qui facilitait le départ de l’Association. Maintenant qu’elle a évolué, tout est ouvert.

On a rajouté un membre dans le Conseil des Joueurs très récemment, ce n'est pas encore officialisé, un joueur du top présent depuis longtemps qui avait pas mal d’idées, on va communiquer bientôt. Après, à titre personnel, je pense qu’on devrait faire une réélection au sein du Conseil, pour avoir des personnes vraiment impliquées et qui veulent faire évoluer l’écosystème et l’Association.

Pour revenir sur les interactions avec le subtop, un point sur l’affaire qui avait agité le début de l’année lors de la création de l’ESL Pro Tour. ESL avait annoncé la nouvelle Pro League en ignorant les équipes qui s’étaient qualifiées par la MDL, comme HAVU et Triumph.

La CSPPA avait fait un communiqué où elle prenait position contre l’absence de communication d’ESL sur le sujet, mais explique aussi l’importance des intérêts commerciaux des organisateurs de tournois. En relisant le communiqué, c’est un peu étrange que l’association qui défend les intérêts des joueurs, même dans un écosystème qui se veut co-construit, mette ces intérêts au même niveau que ceux d’un organisateur de tournois.

Si la CSPPA commence à se plier face à ces intérêts potentiellement contraires à l’intérêt des joueurs, quel est son réel pouvoir, son rayon d’action concret ?

Je ne promets pas une réponse parfaite, je vais te dire ce que moi j’en pense personnellement, je n’étais pas dans les discussions légales avec tous les gros acteurs. Nous, on s’est vraiment battus pour que le circuit reste ouvert. Si je me souviens bien, les propositions de base des ligues, ce n'était pas forcément ouvert : c’était des ligues sans qualification, n’incluant pas toutes les équipes. Pour certains organisateurs, c’était en mode « on prend ces équipes et le reste, bonne chance ». C’est quelque chose sur lequel on s’est beaucoup battus, même si ça n’a pas été communiqué.

On a fait pression pour qu’il y ait une vraie ouverture, que toutes les équipes puissent être incluses. Et je crois bien que les 3 grosses ligues ont toutes des moyens d’accès pour tout le monde, ce qui n’était pas le cas au début. Au moins, toutes les équipes peuvent se qualifier au mérite.

Pour revenir à la question, je parle encore une fois d’un point de vue personnel, parce que la CSPPA utiliserait peut-être des mots différents des miens. Ce n’est pas nécessairement la position officielle de l’Association, mais la manière dont je le vois, c’est que trois nouveaux produits se sont créés. Ils se basent sur le constat que l’écosystème de CS ne survivrait pas très longtemps, avec une surenchère de cashprizes, de salaires et de buyouts.

Donc même si ce n'est pas notre intérêt premier que les organisateurs et les structures s’enrichissent grassement, sur le long terme, si leurs considérations sont totalement ignorées par les joueurs, l’écosystème général peut être totalement remis en question. D’autant plus que Valve ne joue pas un rôle actif d’arbitre, ils veulent juste que le circuit reste ouvert, mais le reste ils s’en foutent. Je peux comprendre que ça puisse paraitre bizarre que la CSPPA défende les 2 parties, mais on essaye d’être en harmonie entre les organisateurs et les joueurs.

Pour la question spécifique de l’ESL Pro Tour, je vois ça comme un nouveau produit, pas nécessairement lié à ce qui préexistait, même si certains moyens, comme l'ESEA MDL ou l’influence de certains tournois, persistent. Et, en tant que nouveau produit, ils voulaient avoir des acteurs reconnus pour assurer une certaine visibilité.

Donc on avait trois options : soit on bloque tout en protestation, soit on ne fait rien et ils font leur ligue comme ils le veulent, soit on négocie pour garder des qualifications et un circuit ouvert. Le problème d’être ultra défensif, c’est qu’il y a le risque qu’ESL s’en aille avec son produit, qu’ils disent « ok, si vous êtes radicaux comme ça, on prend les équipes qu’on veut, on ne vous écoute plus, tant pis pour vous ». Ou alors, plus probablement, partir sur un autre jeu.

Alors certes, peu de jeux sont aussi legit que CS. Mais ils peuvent faire des paris sur certains jeux, comme Valorant qui arrive. Pour nous, c’est aussi un facteur, on doit faire attention à ça. Un tournoi comme Flashpoint, ou BLAST qui fait du DotA, ça peut être facile de changer de jeu ou porter moins d’intérêt à CS. C’est pour ça qu’on veut bosser en harmonie avec eux. Ça ne veut pas dire qu’on ne va pas se battre avec eux quand il le faut.

L’autre problématique d’une potentielle mobilisation radicale, comme un groupe d’équipes qui refuserait de jouer pour un TO, c’est la probabilité que ça arrive. Est-ce que les 12 meilleures équipes du monde iraient jusqu’à refuser de joueur tant que des qualifications ne sont pas incluses pour une ligue ? Est-ce que les joueurs seraient prêts à se mouiller pour ça ? Ce serait le seul moyen de combattre ce genre de choses, sauf que réalistement, ça n’arrivera pas que le top 12 monde accepte de se priver de ses parts de revenus, de ses cashprizes, en solidarité des autres. Et pourtant, ce serait un des seuls moyens de combattre une forme de mainmise d’un tournoi sur les joueurs.

Donc au final, un des seuls moyens réalistes de construire quelque chose avec les organisateurs, c’est de faire des compromis avec eux pour avoir un produit final qui soit équilibré, qui les aide eux tout en conservant l’intérêt des joueurs. C’est là que tu dois trouver des compromis : si t’es trop extrême d’un côté ou de l’autre, dans les faits, rien ne se passera. Jamais les 12 meilleures équipes du monde ne se mettront toutes en grève. Tu ne peux pas avoir 60 mecs qui se privent de l’argent qu’ils reçoivent tant qu’il n’y a pas de qualification.

Sur ce point, pourquoi penses-tu que dans l’esport, ce genre d’action paraisse si inenvisageable, alors que dans d’autres sports, on a pu voir des grèves comme ça ? Je pense notamment à l’association des footballeurs danois, dont vient le CEO de la CSPPA, qui avait mené une telle action, paralysant le foot danois pendant plusieurs mois. Pourquoi, d’après toi, les joueurs d’esport seraient moins prêts à s’engager dans ce genre d’actions plus radicales ?

Je pense que ça dépend des droits et des sujets. Par exemple, ce qu’on a de plus proche dans la situation actuelle qui pourrait engendrer une réaction comme ça, c’est le format et la durée des tournois. Cette question impacte directement la santé physique et mentale des joueurs, la qualité des matchs et la compétition. Ce sont vraiment de gros problèmes sur la scène actuelle, où une telle mobilisation pourrait se produire.

Tout le monde est concerné, et c’est déséquilibré pour les joueurs, qui sont usés au profit des organisateurs de tournois qui cherchent à maximiser les heures de contenus pour les sponsors. Là ça serait un problème, mais on ne va pas se mettre en grève pour les intérêts d’un autre acteur, il faut que ça tombe dans nos intérêts et que ce soit un problème majeur. Ça ne peut pas être parce qu’il n’y a plus de café.

En l’occurrence, la question de l’ouverture concernait justement les intérêts des joueurs. Pour des joueurs du top, c’est peut-être dur de s’imaginer que ça peut être leurs intérêts, mais on a vu beaucoup de joueurs au sommet dégringoler et se retrouver là. Toi-même avec Vitality, tu es repassé par beaucoup de qualifications, et s’il y avait eu un circuit fermé en 2019, Vitality n'aurait pas eu la même trajectoire.

Tout à fait, et depuis que je suis dans l’Association, j’ai martelé ça, l’importance de rester sur un circuit ouvert, c’est ce qui fait la beauté de CS:GO. Et sur ça, on a réussi à avoir de l’influence avec la CSPPA, sauf que ce ne sont pas des points qui sont mis en avant.

Nous, on a un peu le mauvais rôle au final : on bosse et on influence des organisateurs en étant en relation directe avec eux, en prenant du temps avec eux, mais on n’a aucun crédit pour notre travail, parce que le produit final est présenté par les organisateurs. Les gens se disent « bravo l'organisateur, vous avez fait un produit super » sans savoir que sans l’influence de la CSPPA, le produit aurait pu être totalement différent.

Cette question soulevée par NBK renvoie à un problème plus large de l'Association, sa communication publique. En dehors de Twitter et de quelques communiqués de presse, elle est pratiquement inexistante dans l'espace public de CS:GO. Nombreux sont les journalistes et les sites de référence, comme HLTV, qui se sont plaints de ne pouvoir avoir accès à un représentant ou un porte-parole pour poser des questions. Un manque étonnant et dommageable pour une organisation dont la fonction première est bien la représentation d'intérêts collectifs.

 

Pourquoi n’avez-vous pas un porte-parole clair capable de paraitre dans les médias, de répondre à des interviews ? La quasi-totalité des journalistes majeurs sur CS partagent cette critique qu’il est impossible de parler avec la CSPPA, de leur faire parvenir des questions.

Tu dis toi-même que vous avez un rôle majeur dans la qualité du produit délivré au public, et on ne le sait pas. Comment ça se fait ?

La communication, c’est clairement quelque chose de très compliqué avec la CSPPA. Comme tu le dis, on n’a pas ce représentant, ce porte-parole, comme serait un mec comme pasha. S’il devenait la figure de proue de l’Association, ce serait très facile pour les gens de s’identifier à une personne comme ça, très connue. Ça faciliterait énormément la chose, mais on n’a pas ça.

Par exemple, Mads, lorsqu’il va prendre la parole, il va toujours y avoir un doute sur le fait qu’il représente vraiment les joueurs ou sur son intégrité. Donc déjà, on manque d’un représentant unique, qui peut parler de tout et répondre à toutes les questions.

Ensuite, il y a d’autres problèmes, qui sont les réseaux sociaux. Là c’est assez simple : la CSPPA est composée de plusieurs joueurs qui sont membres du Conseil des Joueurs, et chaque joueur est en général très actif sur Twitter sans forcément avoir la même opinion sur chaque sujet. Tu peux avoir des opinions assez différentes au sein de la même association, opinions que tu vas trouver très facilement sur Twitter. Encore une fois, ça divise les canaux dont on dispose.

Mais pourquoi n’avez-vous pas une personne référence ?

Si tu penses par exemple à un des joueurs du Conseil, genre si on disait à Xyp9x de s’occuper de la communication, ça prend beaucoup de temps. Ce n’est pas quelque chose qui est facile à faire. Si Xyp9x doit répondre à toutes les interviews de tout le monde, déjà qu’il est parti pour cause de burnout, tu lui mets ça sur le dos, c’est la fin.

Et des anciens joueurs ? Tu citais pasha, mais est-ce que ce n'est pas un rôle qu’aurait pu avoir un Sean Gares quand il était actif, lui qui est très à l’aise dans la communication ?

Ça aurait clairement pu être la personne pour le job, moi j’étais très content quand il nous a rejoints. Comme tu le dis, il parle très bien, c’est quelqu’un de respecté et d’intelligent, qui a l’intérêt des joueurs à cœur. Mais il faut trouver cette perle rare, qui a envie de faire ça, capable de dédier tout son temps aux autres et aux joueurs qu’il représente.

Il faut que cette personne parle parfaitement, qu’elle puisse exprimer des points clairs et concis en anglais, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Plus tu ajoutes de contraintes, plus c’est compliqué de trouver cette personne. Donc on est obligés d’être sur des canaux différents, et ça divise notre communication. 

En ce qui concerne les journalistes qui ont essayé de contacter la CSPPA et qui n’ont pas eu de réponses, c’est clairement un axe d’amélioration, ne serait-ce qu’apporter une réponse, peu importe de qui au sein de l’Association. La CSPPA se fait énormément critiquer publiquement, que ce soit par les joueurs, les casters ou les journalistes, alors que du travail invisible, de fond, est fait.

Tout en sachant qu’en plus, on ne peut pas tout dévoiler, parce que beaucoup de joueurs sont sous NDA. Il y a beaucoup de sujets sur lesquels on ne peut pas s’exprimer, on ne peut pas communiquer. Je sais que c’est dur pour certaines personnes à l’Association parce qu’on s’en prend plein la gueule sur Reddit, etc. Déjà que t’en prends beaucoup quand t’es joueur et que tu perds une game, nous en plus on s’est dit « allez, pour le fun, on va se faire trash parce qu’on est à la CSPPA et qu’on essaye de faire les choses bien », donc ce n'est pas facile.

C’est juste qu’on n'a pas le temps de tout faire, donc les idées, quand elles sortent, ne sortent pas forcément bien. La seule chose qu’on peut vraiment dire, c’est que tout le temps qu’on prend, ce n’est pas pour nos intérêts personnels, mais pour essayer d’améliorer la scène et pour que les joueurs soient mieux défendus.

Si les gens veulent continuer à nous insulter, on ne peut pas les contrôler, on peut juste améliorer notre communication. Mais en tant qu’acteur, on fait du mieux qu’on peut, en faisant ce qu’on pense être le mieux avec tous les éléments qu’on a en notre possession. Et de toute façon, il y aura toujours des gens pour nous expliquer qu’ils ont de meilleures solutions.

Parmi les objectifs majeurs de l’Association à sa création, en 2018, on trouvait également l’imposition d’un calendrier respectueux de la santé des joueurs. Déjà, ceux-ci souffraient des voyages incessants, des événements aux quatre coins du monde et du décalage horaire permanent. Force est de constater que, deux ans plus tard, le problème persiste. La multiplication des destinations exotiques s’est encore accrue en 2019, faisant du burnout un sujet de polichinelle parmi les joueurs.

Il aura fallu une pandémie mondiale pour que le sujet explose au grand jour, avec le retrait d’ALEX, leader in-game de chez Vitality, carbonisé par un rythme de vie intenable. Désabusé, ce dernier s’était même entendu avec sa structure pour un arrangement allégé, avant que Vitality ne rentre dans l'accord du Louvre (NDLR : l'accord du Louvre regroupe ESL et 13 équipes afin d'optimiser les revenus de chaque acteur), synonyme d’obligations renouvelées auprès d’ESL, en plus des engagements déjà pris auprès de BLAST.

En 2020, c’est pour l’instant encore pire : les compétitions en ligne s’enchaînent dans un magma de matchs de plus en plus insignifiants, parfois à peine séparés de quelques jours. Ainsi, le lendemain de la finale de l’ESL One Cologne, la plupart des participants relançait les festivités avec le début de l’ESL Pro League saison 12. Dans tout ça, la CSPPA a été à peine audible, négociant surtout la trêve estivale et annonçant un projet de suivi psychologique et médical avec l'équipe North.

Pour NBK, c'est le sujet central de l'action de l'Association, et celui sur lequel les joueurs veulent avoir le plus d'influence possible.

 

Sur la question du planning, on a vu de plus en plus de joueurs se plaindre du rythme, des joueurs en burnout, des compétitions qui s’enchaînent, des matchs tous les deux jours. Le calendrier 2021 de l’ESL est sorti, et ça s’annonce encore très rempli, puisque le calendrier est presque complet avant même que s’insèrent les BLAST et autres Flashpoint.

Tu disais que vous étiez très proches d’ESL et que vous aviez une bonne relation, comment ça se fait qu’on ait l’impression que le planning soit malgré tout similaire alors que c’est censé être une de vos préoccupations majeures ?

L’équilibre du calendrier, on ne l’aura jamais tant qu’on n'aura pas une ligue principale. Tout le monde veut faire son business, tout le monde veut avoir le plus gros tournoi, le plus gros business, et personne ne veut s’entendre. Donc ça me parait impossible que, tant qu’il y a autant de gros organisateurs, on ait un circuit idéal pour les joueurs, parce que tout le monde veut sa part du gâteau.

Est-ce que ça signifie que la CSPPA a un intérêt à ce qu’il y ait un acteur monopolistique sur la scène ?

La CSPPA, non. Les joueurs, pas forcément non plus. Pour moi, la seule chose qui est problématique, c’est que si tu es avec l’ESL, t’es obligé de jouer tous les tournois. C’est le vrai problème. Tu dois pouvoir éviter des tournois, c’est ça qui rendrait la scène meilleure. Chaque équipe aurait son planning et certaines dates, comme Katowice, Cologne ou le Major regrouperaient toutes les équipes, pour les vrais gros tournois.

Mais sur les autres tournois, tu vas avoir des matchups différents, parce que les équipes vont préparer leurs plannings différemment. Par exemple, MIBR qui viserait un tournoi au Brésil s’organiserait en fonction, sans se focaliser sur un tournoi en Allemagne. Pour moi, c’est comme ça que j’envisage une vraie pérennité pour l’esport sur CS.

Le problème, c’est que quand tu signes des accords avec des structures, ils sont faits pour que tu joues tout. Tu ne peux pas adapter ton accord comme tu veux. Et même si tu n'es pas dans un accord comme celui du Louvre, tu es obligé de jouer un certain nombre de tournois pour te qualifier à d’autres en ayant les points ESL Pro Tour, comme Katowice ou Cologne, parce que c’est leur circuit. Mais si tu donnes un monopole à ESL, ils dirigent tout et il n’y a plus de compétition, qui les force à augmenter les cashprize, à être inclusifs avec toutes les équipes.

Donc en gros, tant qu’il y aura plusieurs acteurs prêts à mettre beaucoup d’argent pour avoir les plus gros tournois, les plus grosses scènes, ça sera toujours compliqué pour le calendrier. Ce qu’il faut, c’est qu’il y ait des périodes de repos plus spécifiques. Là, on est en discussion avec ESL pour changer un peu les temps de repos des joueurs, comme les players breaks. On cherche à les adapter, à les rendre meilleurs. C’est vraiment des problèmes auxquels on s’attelle actuellement avec ESL et BLAST, pour avoir quelque chose de bénéfique pour les joueurs.

L’autre point, c’est les formats. Quand t’as un format bo3, round robin, etc., tu vas jouer beaucoup de maps et c’est ça qui va te ruiner. Tu peux avoir beaucoup de tournois mais s’ils durent 1 semaine, avec des formats GSL bo3, tu joues 3 matchs maximum en poules, 2 si t’es fort, et après tu joues ton bracket en bo3, ça sera peut être un peu plus aléatoire, mais il y a tellement de tournois que ça s’équilibre. C’est un excellent format.

On est aussi en discussion active avec les organisateurs sur ce point, pour ne pas jouer un bo5 en grande finale qui se finisse à 1h du matin le dimanche soir, et que le mardi matin à 11h t’aies un nouveau bo3 pour un nouveau tournoi. Il y a vraiment ces deux parties qui doivent s’articuler ensemble : le côté format qui doit s’alléger, surtout s’il y a plus de tournois, et la possibilité de pouvoir éviter certains tournois, pour se préparer et se reposer.

À l’heure actuelle, c’est en discussion entre les joueurs, la CSPPA et les organisateurs de tournois, mais ce n’est pas réglé encore, et ça devrait bouger pour les tournois à venir.

Donc au final, en mettant de côté le format des tournois, tu as posé le diagnostic systémique, à savoir la compétition et les enchères entre les 3 gros organisateurs qui veulent tous faire le plus gros tournoi possible.

Mais ce n’est pas une situation nouvelle : hormis Flashpoint, la scène a toujours eu plusieurs gros organisateurs, que ce soit ESL, BLAST depuis 2017, FACEIT, StarLadder. Malgré tout, les accords sont signés avec ces structures.

Au moment de ces signatures, la CSPPA ou les joueurs dans les structures, est-ce qu’ils ont leur mot à dire ou est-ce que ça passe au-dessus parce que ce sont les revenus des équipes qui sont en question ? On pense notamment à ALEX qui, lorsqu’il quitte Vitality, explique qu’on lui avait promis un allègement du calendrier, chose qui ne fut pas du tout respectée lorsque Vitality a ensuite signé l’accord du Louvre. Donc quelle est la place des joueurs et de la CSPPA dans ces signatures d’accords ?

La CSPPA va être présente pour s’assurer que les tournois et les organisateurs prennent en compte les joueurs, qu’ils s’y retrouvent. Pour ce qui est des accords signés entre organisateurs et structures, ça va varier d’équipe en équipe.

Déjà, il y a les équipes qui sont propriétaires de Flashpoint, comme Cloud9, qui de toute façon ne sont pas concernées par un accord comme celui du Louvre. Il y a aussi certaines structures qui vont consulter les joueurs en leur demandant : « nous, on peut aller dans les 3 ligues, qu’est-ce que vous préférez ? ». S’en suit une discussion et ils choisissent telle ou telle ligue. Et il y a certainement des structures qui ne laissent pas le choix aux joueurs, et qui vont où elles veulent.

Donc c’est des entités vraiment distinctes, entre la CSPPA et les joueurs qui participent éventuellement à la signature de ces accords, qui dépendent plus de la relation entre les joueurs et leur club.

Vous pouvez retrouver la troisième partie notre entretien avec NBK ici. On y évoque notamment les conflits d'intérêts de l'Association, son rôle dans le transfert avorté d'Heroic vers FunPlusPhoenix, le cas TACO et les plans de NBK pour le futur de l'organisation.

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