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Magisk, dernière pièce du puzzle Astralis

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Il est très tôt en Europe ce 28 janvier 2017. Environ 4 heures du matin. À l'autre bout du monde, un Danois se cache la tête dans son maillot de joueur professionnel de Counter-Strike. Emil "Magisk" Reif et son équipe de North viennent de perdre en quart de finale de l'ELEAGUE Major Atlanta, 13-16 contre Virtus.pro sur la troisième carte de leur Bo3. North menait pourtant 12-3 et Magisk trône en haut du scoreboard final avec 37 frags. Ça n'a pas suffi. La révélation de l'année 2016 est à deux doigts de fondre en larmes sur la scène du Fox Theatre. Sa déception est immense.

Même le caméraman de l'ELEAGUE avait préféré filmer la détresse de Magisk plutôt que la joie de Virtus.pro

Sept mois plus tard, retour sur le Vieux Continent. Et Magisk pleure vraiment. Cette fois-ci, pas de grande scène ni de public, seule la solitude d'un hall d'hôtel. Une nouvelle fois, North a perdu en quart de finale, au PGL Major Krakow, encore contre Virtus.pro. Un échec de trop pour l'organisation qui confirme la décision, déjà pressentie avant la compétition, d'écarter Magisk de l'équipe. La nouvelle est rude pour le jeune joueur de 19 ans, qui trouvera du réconfort auprès de son bourreau polonais.

Je me souviens l'an passé au Major de Cracovie, Magisk était assis dans le hall avec des larmes dans les yeux, parce qu'il venait de se faire virer de chez North. On lui a donné une bière, on l'a invité à notre table et on a essayé de lui remonter le moral en lui disant qu'il pouvait encore réaliser une magnifique carrière.

kuben, coach de Virtus.pro

À quel point les mots de Virtus.pro ont-ils pu relancer Magisk ? Seul lui le sait, mais à la fin de l'été, il prend une grande décision pour relancer sa carrière. Direction les États-Unis et OpTic Gaming en compagnie d'autres orphelins de la scène : l'Espagnol mixwell, seul rescapé de l'ancienne line-up de la structure verte, deux nordiques, friberg le Suédois et allu le Finlandais, et un habitant des pays baltes, l'Estonien HS. Un cinq cosmopolite qui ressemble à un "mini-FaZe", mais dont les résultats seront plutôt mitigés.

Le prochain Major est le grand objectif de l'équipe, mais elle se rate au Minor européen en échouant à la pire place, troisième. Aux IEM Oakland puis aux finales Pro League, elle parvient à s'extirper des poules mais n'atteint jamais le dernier carré. OpTic menace mais ne passe pas à l'acte. En interne, l'ambiance est loin d'être au beau fixe. Les soucis s'accumulent et tout n'est pas fait pour les résoudre au plus vite. On joue pour jouer, pas pour progresser. Parce que personne n'a une place à aller chercher ailleurs, la formation reste ensemble.

Il n'y avait pas d'alchimie. Les problèmes qui ont surgi n'ont pas été traités correctement, pas en équipe. Tout le monde essayait de trouver des boucs émissaires, ou de créer des malentendus là où il n'y en avait pas. On avait atteint de tels conflits que plusieurs groupes ont commencé à se former au sein de l'équipe, un ici, un là, une personne toute seule là-bas... Ce n'est pas une atmosphère dans laquelle une line-up peut s'améliorer.

mixwell, en parlant de l'équipe européenne d'OpTic en 2017

2018 aurait dû continuer sur cette voie, mais un événement complètement externe va venir bousculer la vie de Magisk. Après un échec à l'ELEAGUE Boston Major, Kjaerbye, membre d'Astralis, décide de faire faux bond à ses coéquipiers et, sans vraiment les prévenir à l'avance, part chez le rival North. À quelques jours du roster lock, Astralis doit trouver un nouveau joueur pour compléter ses rangs. Tout le monde attend k0nfig, brute de skill qui vient justement d'être mis sur le banc chez North. Mais Astralis tourne son regard de l'autre côté de l'Atlantique et appelle l'exilé Magisk. Son oui est immédiat. Il rentre au Danemark rejoindre sa nouvelle formation. Astralis ne le sait pas encore, mais la voilà sur la route du succès. Un succès si énorme que personne ne l'avait encore atteint sur CS:GO.


Un recrutement aux airs magiques, Astralis ne croyait pas si bien dire

En débarquant dans la meilleure équipe du pays, Magisk permet à dupreeh de retrouver son rôle fétiche d'ouvreur, jusque-là occupé par Kjaerbye. La recrue prend le poste de second de rush ou de lurker, qui lui convient également à merveille. Bref, chacun joue ce qu'il préfère. Sur cette fondation solide, Astralis va commencer à construire sa domination.

Le premier titre arrive deux mois plus tard, en avril 2018, lors de la DH Masters Marseille. Les Danois ne lâchent qu'une map de tout le tournoi, en poules contre Liquid, avant de rouler dans l'arbre final. Est-ce la traditionnelle lune de miel suivant un recrutement ? L'apport de Magisk est-il si significatif ? Oui. Au printemps, Astralis enchaîne une seconde place aux IEM Sydney, avant un double succès dans les deux plus grandes ligues de la scène, l'ESL Pro League et les ECS. Le jeu qu'elle propose s'affine au fil des tournois, s'enrichit de setups inédits et de grenades surefficaces. Magisk a retrouvé son niveau de 2016 qui lui avait permis de se révéler sous les couleurs de dignitas. Un revers contre Na'Vi à l'ESL One Cologne, puis un autre contre le grand rival North à la DH Masters Stockholm ne suffisent pas pour enlever à la nouvelle meilleure formation du monde son statut de favorite du prochain Major.

À raison : à Londres, pour ce FACEIT Major, Astralis va faire taire les derniers sceptiques en s'adjugeant le plus prestigieux des trophées. Cerise sur le gâteau, elle ne perd pas une seule carte en play-offs, grande première de l'histoire de CS:GO. Avec son 1,25 de rating sur l'ensemble du tournoi, Magisk est un acteur prépondérant du triomphe des siens.

Deuxième Major pour Astralis, premier pour Magisk

La destinée de Magisk est déjà belle. Le futur ne va que la faire briller davantage. Car si ces premiers mois ensemble placent ce cinq d'Astralis dans la catégorie des équipes qui auront marqué leur temps, ceux qui vont suivre vont le faire passer à l'échelon supérieur. Six compétitons jouées, cinq gagnées. BLAST Pro Series Istanbul, IEM Chicago, Finales ECS S6, Finales Pro League S8, BLAST Pro Series Lisbonne : l'or est au bout de tous ces tournois. Seuls les BLAST Pro Series Copenhague échapperont aux Danois, ironie du sort étant donné qu'ils se jouaient chez eux. Astralis se rattrapera lors des finales Pro League, disputées à Odense, qui les verront aussi remporter la première édition de l'Intel Grand Slam et son million de dollars venant récompenser leur régularité incroyable. Cette deuxième partie de saison est marquée par la dominance folle d'Astralis, dans une ère pourtant réputée pour être la plus compétitive de CS:GO.

Au Portugal, pour les BLAST Pro Series Lisbonne, Magisk se paie même le luxe d'être sacré MVP du tournoi, distinction inédite pour lui, grâce à un rating de 1,39. Son année se conclut sur une 7ème place au classement HLTV des meilleurs joueurs de la saison, une position acquise grâce à son omniprésence dans les grands tournois, ainsi qu'une solidité défensive que beaucoup peuvent envier.

Je ne pensais pas que l'année se passerait aussi bien. Je pense que personne n'aurait pu prédire autant de victoires de notre part, mais nous devons juste être reconnaissants et ne pas se dire que tout est acquis maintenant. L'année prochaine est une nouvelle année et nous devons continuer à travailler dur pour rester au sommet. Tout le monde va avoir les yeux rivés sur nous, ce qui veut dire qu'une fois rentrés il faut qu'on trouve de nouvelles choses, que l'on regarde si l'on doit en changer d'autres, tout ça. Même si on est en vacances, il faut que l'on soit sûr que l'an prochain, on travaillera fort et on ne se reposera pas sur nos acquis.

Je me fiche de savoir que les autres veulent nous détrôner, tout le monde veut ça. Ça ne change pas grand-chose avant d'entrer en jeu, on sait comment jouer contre chaque équipe et, bien sûr, ça rend juste le tout plus rigolo quand on les bat à chaque fois.

S'ils pensent qu'ils peuvent juste nous battre comme ça, c'est très bien pour nous parce que l'on sait qu'on a tout ce qu'il faut entre nos mains. On a les capacités de rester au top si l'on travaille dur et qu'on continue à s'améliorer en permanence.

Magisk, revenant sur l'année 2018 d'Astralis

Alors, 2019 commençant, promesse tenue ? Astralis a-t-elle travaillé dur pour garder sa place de numéro 1 après une année 2018 historique ? Sa première sortie, à l'iBUYPOWER Masters, laisse planer un petit doute puisque Liquid la bat en finale. Mais l'équipe danoise en avait gardé sous le pied. Le vrai premier rendez-vous de la saison, c'est le Major. À Katowice, elle pourra montrer ce qu'elle vaut vraiment.

Et ça va taper. Qualification pour les quarts sans accroc malgré une map lâchée en overtime à Renegades, mais un 16-0 collé à Cloud9 pour compenser. Et puis, comme à Londres six mois plus tôt, la démonstration en play-offs : 2-0 contre NiP avec un 15-0 sur le premier side du match, 2-0 contre MiBR, 2-0 contre la surprise ENCE en finale. Astralis garde son titre et Magisk commence la saison comme il avait terminé la précédente, avec un titre de MVP. Son premier en Major, évidemment.

La coupe, la médaille d'or, l'insigne de MVP : le destin de Magisk pouvait-il mieux tourner ? (photo : HLTV)

Deux ans plus tôt, il se cachait dans son maillot parce que sa performance n'avait pas suffi à faire gagner son équipe. Cette fois, son talent et son travail lui ont permis de triompher tant collectivement qu'à titre personnel. kuben avait raison : les déceptions de Magisk lui ont donné la force nécessaire pour grimper, avec ses coéquipiers, plus haut que n'importe qui avant eux sur Counter-Strike. La pièce qu'il manquait au puzzle Astralis, c'était bien lui. 

On peut reconnaître les joueurs avec du caractère au moment de leurs échecs. Certains abandonnent en acceptant cette fin, d'autres se remobilisent et se mettent à travailler encore plus dur qu'auparavant. Magisk est un bon exemple, pour les jeunes qui commencent leur carrière dans l'esport, que le travail acharné et la confiance en soi peuvent apporter les plus grands trophées.

kuben

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