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Le bilan avec la DreamHack France

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L'année 2018 restera comme une année charnière pour la DreamHack et son implantation sur le territoire français. La fondation d'une véritable société nommée DreamHack France en fin d'année dernière a été la première pierre d'un investissement massif de la société vers l'Hexagone avec en point d'orgue une édition de la DreamHack Masters à Marseille. A côté de cela, la DreamHack Tours, inscrite dans le circuit secondaire "Open", a été délocalisée vers un établissement plus vaste afin de continuer d'accueillir toujours plus de participants et de curieux.  

Les deux événements DreamHack sur sol français désormais derrière nous, il nous a semblé opportun d'aller à la rencontre de Jean-Christophe Arnaud, président de la DreamHack France et vétéran de la scène esport tricolore, afin de dresser un bilan des opérations et d'en tirer les conclusions adéquates. Nous avons essayé d'aborder un maximum de problématiques soulevées tout au long de ce premier semestre. 

Si la DreamHack est arrivée en France en 2015, la société DreamHack France n'existe que depuis l'an dernier. Peux-tu nous expliquer ces changements de statuts et les différences entre Malorian (société produisant les précédentes éditions de la DH Tours) et la société DH France ? 

En fait, Malorian a officié en tant que prestataire de service pour le compte de Tours Evénements dans le cadre d'un partenariat mis en place avec le groupe suédois DreamHack AB de 2015 à 2017. En octobre 2017, il a été décidé de créer une filiale française de DreamHack pour gérer les activités dans l'Hexagone, compte tenu des résultats et de l'engouement suscité par les précédentes DreamHack Tours. A présent, Malorian continue a faire ce qu'elle sait faire depuis 15 ans : des stands dans des salons (Japan Expo, Paris Games Week, etc) pour des clients comme Twitch, Square Enix, etc.

On a vu les salariés suédois très impliqués dans la DreamHack Masters à Marseille, peux-tu nous expliquer quel a été ton rôle ainsi que celui de DreamHack France dans l'organisation de cette édition ?

Le DreamHack Masters de Marseille est un événement créé et géré par la DreamHack Suède, d'un point de vue conceptuel, financier et logistique. Par contre, la négociation avec la ville et la métropole de Marseille pour faire atterrir la manifestation là-bas lutôt qu'à Rio ou Las vegas est passée par nous et nos contacts locaux (Provence e-Production). De même qu'une bonne partie de la communication, des relations presse, etc. En fait, tout ce que les Suédois ont plus de difficulté à faire eux-mêmes, n'étant pas des locaux. 


Jean-Christophe Arnaud, président de DreamHack France SAS (Crédits photo : Pascal Montagne, 37°)

Avez-vous eu votre mot à dire sur le choix de la ville ?

Oui, c'est nous qui avons insisté pour que ces Masters se fassent non seulement en France, mais en plus à Marseille ! Nous avons fait un dossier, présentant tous les avantages de la destination versus les autres candidatures un peu partout dans le monde. Il était important pour nous de proposer quelque chose dans le sud de la France, car on tourne souvent autour de Paris/Ile de France, mais il y a une forte communauté en PACA et nous voulions aussi leur apporter ce spectacle unique.    

As-tu des chiffres à nous communiquer concernant le taux de remplissage et le nombre de spectateurs venus assistés aux play-offs dans le Dôme ? Sont-ils satisfaisants ? 

Nous avons enregistré environ 2500 places, nous en avons parlé avec des spécialistes, ce score est satisfaisant, particulièrement pour Counter-Strike en France. Bien sur, nous aurions aimé faire plus, mais c'est la première fois que les Masters débarquent en France, il faut créer un rendez-vous. Online, l'événement a été un succès, comme toutes les étapes de type Masters car elles réunissent le top 10 mondial. Nous aurions pu faire bien mieux, mais l'éviction (à mon grand regret, tant personnel que professionnel !) des deux formations françaises ne nous a pas aidé, particulièrement sur le stream français.      

Avez-vous une idée des retombées médiatiques qu'a engendré la DH Marseille ? La couverture médiatique par des médias locaux / nationaux a-t-elle été à la hauteur de vos attentes ?

 Nous avons pu travailler avec le journal La Provence, ou encore avec 20 minutes, mais aussi NRJ en radio, FR3 et Game One. On peut toujours faire plus, mais nous étions satisfaits de la cover. Un regret en amont, nous aurions aimé faire plus d'affichage mais certaines décisions et arbitrages tardifs nous ont fait rater de la visibilité (avec la RTM (Régie des transports marseillais) par exemple).   


Marseille, capitale mondiale de Counter-Strike le temps d'une semaine (Crédit photo : DreamHack)

Quel était l'objectif politique des pouvoirs publics marseillais en permettant l'organisation de cet événement ? 

Je pense qu'il y a eu réel engouement des pouvoirs publics locaux pour la venue de ces Masters. Pour preuve, Frédérick Bousquet, à présent adjoint au Maire, est venu en amont lors de la conférence de presse pour parler de l'eSport et des ambitions de la ville sur ce secteur. 

As-tu échangé avec eux de cet événement après coup ? Quel est leur regard, à la fois sur Counter-Strike en tant que jeu considéré comme très violent, et des retombés post-DH ?

La ville a parfaitement compris le phénomène de l'eSport et ils ne voient pas autre chose dans CS:GO que la discipline eSportive. Evidemment, on voit des groupes qui s'affrontent avec des armes à feu, des bombes, etc mais tout ce décorum disparaît derrière le côté compétitif, Richard "shox" Papillon l'a très bien évoqué durant la conférence de Presse. Je pense que localement, cela a permis à certains élus et journalistes (cf : France3) de comprendre un peu mieux ce qu'est l'eSport et ce qu'il représente. A titre personnel, un jeu comme GTA me semble plus violent que CS:GO, non pas dans la violence visuelle vécue, mais dans l'approche du jeu via les buts/missions, qui sont elles clairement adressées à un public +18 (drogue, prostitution, racket, etc.).   

 Venons-en à la DH Tours. Vous avez changé d'emplacement, peux-tu nous dire pourquoi ?

Il fallait que nous augmentions la place à disposition. Depuis la première édition (940 joueurs en LAN maximum) nous poussions déjà les murs. Idem pour le salon qui au Vinci avait des contraintes importantes : en hyper-centre, pas de parking, pas de zone dodo, hauteur sous plafond trop basse, surface disponible, étages alambiqués, etc.   

Avez-vous obtenu plus de visiteurs et de joueurs durant cette édition 2018 ?

Oui ! Alors que nous comptions 8 980 participants en 2017, nous sommes passés à 15 250 cette année, dont 1 980 joueurs, comparé aux 940 de l'année précédente !  

Comment justifiez-vous la hausse des prix d'inscription d'année en année ? Le service en échange est peu ou prou le même, voire pire parfois, le cashprize pour le tournoi CS:GO BYOC a même diminué, donc n'avez-vous pas peur de rebouter les gens ?

Nous avons décidé de laisser le prix d'entrée visiteur au même tarif que l'année dernière (15 euros pour un pass 1 jour, 39 euros pour un pass 3 jours). Le prix d'entrée de la LAN a été augmenté cette année de 60 à 65 euros, de façon à permettre aux joueurs de pouvoir dormir sur place gratuitement (l'année dernière, nous avions un gymnase loin de la DreamHack, en centre-ville, facturé 10 euros). Nous savons que la ligne "Hôtel" pèse lourd dans le budget des joueurs et nous voulions leur offrir, comme en Suède, la possibilité de dormir sur place à moindre frais. 


Deux fois plus de visiteurs en 2018 que l'année précédente à Tours (Crédit photo : DreamHack)

Quelles raisons vous ont poussé à garder la liste des équipes participantes privée en amont de l'événement ?

Un problème technique sur la plate-forme qui ne l'a pas (encore) prévu. Nous pouvons afficher les noms/prénoms des acheteurs des billets, mais pas le nom des équipes par exemple. C'est handicapant, car une grosse équipe a tendance à attirer d'autres équipes à s'inscrire. Nous réfléchissons à des solutions pour l'année prochaine.    

Certains joueurs ayant participé au tournoi BYOC ont critiqué tes interventions personnelles dans certains conflits. Peux-tu nous donner ton point de vue sur cette affaire ?

Je pense que l'on fait référence à l'altercation entre deux joueurs CS:GO. Je suis intervenu, car sinon le service de sécurité aurait pu être beaucoup plus expéditif. A titre personnel, je suis quelqu'un qui cherche toujours à résoudre les problèmes de façon diplomatique, j'ai donc pris contact avec les deux parties ; non seulement les deux joueurs (Younes et Malek), mais aussi leurs managers respectifs après la première altercation le samedi. J'ai présenté les choses de façon claire aux deux et ai décidé de remettre les compteurs à zéro si je n'entendais plus parler d'eux. En cas de manquement, j'ai annoncé que nous écarterions les personnes qui ne respecterait pas l'engagement  m'ayant été fait. Malheureusement, le lendemain, une des deux parties n'a pas respecté cette promesse et j'ai dû prendre la décision d'écarter le joueur Younes. J'ai su plus tard que le staff Admin aurait préféré voir les deux joueurs expulsés dès la première altercation. Si je l'avais su plus tôt, j'aurais peut-être dû suivre ce conseil. Même si je préfère toujours trouver des solutions à l'amiable, parfois, certaines choses sont écrites – au sens propre comme au figuré – depuis bien longtemps (@+ en LAN).  

Peux-tu également expliquer ce malentendu entre le tournoi LoL et CS:GO au moment de jouer la grande finale (pour rappel, la finale du BYOC CS:GO a finalement été jouée sur Internet) ? 

Suite aux deux attaques DDOS du dimanche après-midi, nous avons pris du retard. Plutôt que de faire jouer les finales de CS:GO trop tard et sans public, en accord avec les deux managers de aAa et dizLown, nous avons décidé de faire jouer les finales LOL et de reporter les finales CS:GO, les joueurs n'étant plus dans de bonnes conditions pour disputer un match de finale. 

On imagine qu'une finale jouée sur Internet fait un peu désordre pour l'image renvoyée. Avez-vous eu des remarques des sponsors sur cet aspect-là ou la casse a été bien limitée ?

Pas vraiment. Au final, comme je le disais, cela nous a permis de faire caster ces finales sur le net sur 1PV plutôt que pas du tout (ou beaucoup trop tard) sur place. Nous sommes déçus pour les joueurs qui auraient bien sur préféré disputer ces finales sur la scène 700 de la DreamHack, avec un public et une ambiance, mais nous avons dû faire des choix. Heureusement, en même temps, nous avions de beaux play-offs sur la DreamHack Open CS:GO à quelque mètres. Ce n'est bien évidemment pas une consolation pour les 10 joueurs finalistes et leur structure, mais il y avait aussi du contenu CS:GO intéressant à regarder sur Twitch :) 

Quel est pour toi et DH France, la place de CS:GO dans vos ambitions futures ? On a vu un tournoi BYOC en régression mais une édition Open toujours efficace. On a l'impression que d'autres jeux ont le vent plus en poupe au détriment de CS:GO ?

Nous avions initialement prévu 8 slots pour CS:GO car nous pensions qu'avec un Open à côté, il y aurait moins de monde dans la LAN. Finalement, nous avons rajouté par deux fois 8 slots supplémentaires pour pouvoir accueillir tout le monde ! CS:GO fait partie de l'ADN de la DreamHack et nous en avons même fait une vitrine de l'eSport chez DreamHack en le mettant en tant que DH Open. La communauté est structurée et professionnelle, les joueurs peuvent réellement vivre de cette activité et l'audience est au RDV. Peu de chance de voir disparaître CS:GO de nos plannings :)   

 
CS:GO est toujours à la mode chez DreamHack (Crédit photo : DreamHack)

On sait que DreamHack et ESL appartiennent au même groupe, MTG. Cependant, en France, il semble n'y avoir aucune action commune entre les deux entités, que ce soit dans l'organisation comme dans la promotion d’événements. On aurait pu logiquement penser que le stream ESL France allait promouvoir la DH Masters ou la DH Tours, or ce n'est pas le cas. Peux-tu nous expliquer pourquoi ? Etes-vous rivaux sur le plan national ?

Je connais bien le sujet car j'ai dirigé les deux filiales, de façon successive entre 2003 et 2018. Les deux sociétés sont comme des sœurs ; ce n'est pas parce qu'elles habitent dans la même ville qu'elles doivent absolument tout faire ensemble. Chacune a sa vie propre, ses amis, ses habitudes. Bref, tout ceux qui ont une famille comprendront l'analogie :) Les deux ne sont pas concurrentes, car le marché de l'eSport a énormément augmenté en taille et chacun a ses propres partenaires, prestataires, employés et événements. Concernant les droits de streaming, si l'on imagine MTG en tant que mère (ou père) des deux sœurs sus-citées, à quoi bon donner de l'argent à l'une si c'est pour qu'elle le donne à l'autre ? Mieux vaut le prendre à l'extérieur plutôt dans le budget familial, non ? ;) Ceci étant dit, il n'est pas impossible que nous nous rapprochions sur certains sujets (logistiques et techniques principalement).

Contrairement à ESL France qui possède ses propres casters, la DH France vend/délègue les droits de diffusion à d'autres chaînes de streaming (O'Gaming, 1PV), ou embauche temporairement les casters d'autres chaînes pour ses tournois. Y a-t-il une raison spécifique derrière ce choix ? Embaucher des casters estampillés DH à plein temps pourrait-il arriver un jour ?

Il y a effectivement une raison primordiale à ce choix : ce n'est tout simplement pas notre métier et c'est une erreur de croire que l'on peut tout faire soi-même. Il y a des gens très bon (techniquement et artistiquement), avec du matériel haut de gamme (cher et performant), des studios (grands et coûteux) et qui ont une vraie audience (importante et fidèle). 8 raisons de ne pas le faire nous même.  

En dehors de l'organisation d'événements, que fait l'entreprise DreamHack France ? Les deux gros événements français de l'année étant passés, vous mettez-vous dès maintenant à préparer ceux de 2019 ou avez-vous d'autres missions encore en cours ?

Nous avons énormément de matériel à disposition et nous travaillons aussi avec d'autres filiales DH, ou en tant que prestataires pour des partenaires dans des salons comme la Gamescom, la Paris Games Week, etc. Nous réfléchissons actuellement aussi à exporter le concept DreamHack dans d'autres zones et pays francophones : la Suisse, la Belgique ou l'Afrique par exemple.   

Comment sont distribuées les invitations lors des tournois ? On pouvait s'attendre à ce qu'une équipe française autre que EnVyUs, comme LDLC, soit conviée à la DH Tours, mais cela n'a pas été le cas. Quels sont les détails du processus d'invitation ? 

C'est un mix entre le ranking HLTV, nos desideratas et le bon vouloir du responsable de la DreamHack Open, Marc Winther :)   

Quelles sont les prochains objectifs pour la société DreamHack France ? 

Particulièrement concernant la LAN Party : faire oublier les soucis techniques que nous avons eu en se prémunissant et en anticipant les problèmes beaucoup plus en amont. Sinon, évidemment faire une édition 2019 encore plus grande. Plus de joueurs, plus de visiteurs, plus de spectateurs et plus de stands :)

Merci à Jean-Christophe Arnaud pour sa disponibilité et ses réponses. 

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