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Ces champions éphémères

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Certains insectes ne vivent que quelques heures après leur éclosion. Ils sortent de leur état de larve, se reproduisent, puis meurent. Ils sont appelés les Éphémères.

Si vous enlevez l'étape de la reproduction et la remplacez par une explosion de skill, ce schéma peut aussi s'appliquer à certains joueurs de Counter-Strike. Personne ne les connaît vraiment jusqu'à un tournoi, un match, un round, où ils se révèlent à la face du monde et rivalisent avec les meilleurs. Un quart d'heure de gloire avant de retourner dans l'ombre, parfois pour toujours. Ce sont les Éphémères de Counter-Strike.

Peter "ptr" Gurney

Son moment de gloire : MLG X-Games, janvier 2015

La présence de ptr aux X-Games était déjà une surprise : personne ne s'attendait à ce que son équipe se qualifie pour cet événement. Pour y parvenir, mouseSpaz (ptr, FNS, reltuC, tarik, hazed) a sorti le favori iBUYPOWER en demi-finale du tournoi de qualification avant de vaincre Torqued lors de l'ultime match. Peu avant le tournoi, la line-up est recrutée par une nouvelle organisation sur la scène CS:GO : Counter Logic Gaming, CLG pour les intimes.

Dans le temple des sports de glisse, les Américains vont avoir droit à la poule de la mort avec LDLC et fnatic, les deux équipes dominantes du circuit depuis déjà plusieurs mois. Pour leur entrée en lice, ils font face aux Français, sur Dust2. À l'époque, l'équipe d'Happy vient de gagner le Major et personne ne voit CLG s'imposer. Sauf que ptr va sortir le match de sa vie.

Sur l'une des cartes les plus favorables au sniper, ptr enchaîne les frags et pointe déjà à 20 éliminations après son side défensif. La rencontre est bien plus serrée que prévu, 8-7 pour CLG à la pause, puis 10-10, 12-12 et 15-13. Les Français sauvent le premier round de match et doivent faire face à un split B lors du second. Et c'est précisément à cet instant que ptr va tout faire basculer. En 2vs4, il force par la lucarne avec son AWP, se retrouve à 1hp après son premier kill mais va en chercher deux autres, dont un grâce à une décal' dans les doubles portes complètement inappropriée à ce moment. Son coup de poker paie, CLG l'emporte 16-14, ptr finit à 32 frags et gagne son surnom de "Dirty Peek Pete".

Et voilà. ptr avait fait sa lan. Il finira ensuite dernier du scoreboard contre Liquid et ne pourra rien faire contre fnatic. CLG sort, comme c'était attendu, dès la phase de poules. Mais grâce à ce seul match contre LDLC, et peut-être même cette unique action sur le trentième round, le sniper américain a gagné une nouvelle aura. Il grimpe d'un coup dans la hiérarchie des tireurs d'élite américains, tout comme CLG devient un candidat sérieux pour intégrer le top 3 de la scène nationale.

Et l'aventure va continuer... Quelques semaines. CLG va réussir à se qualifier pour le Major, l'ESL One Katowice 2015, où elle se fera encore éliminer dès les poules, malgré un match remporté contre HellRaisers après avoir été menée 2-13. Et puis les premiers désaccords arrivent et ptr est remis en question. Après des discussions assez houleuses, le sniper et leader est écarté de la line-up en avril 2015, soit trois petits mois après sa performance des X-Games. Entre temps, il se sera davantage fait remarquer pour sa poignée de main ratée que pour son niveau au fusil vert.

Plus jamais ptr ne rejouera dans une compétition aussi prestigieuse qu'un Major ou que les X-Games. Après son éviction de chez CLG, il va enchaîner les structures de la scène américaine sans réussir à retrouver les sommets. Il portera les couleurs de Luminosity, Splyce, NRG, compLexity et dignitas, accumulant les aventures de durée variable, tout au plus de quelques mois. Il ne parviendra jamais à intégrer de nouveau le très haut de la scène américaine ou mondiale. Et encore aujourd'hui, son nom reste surtout associé à ces quelques secondes passées sur le BP B de Dust2, à dézinguer du Français, un soir de janvier 2015.

 

Công "crazyguy" Anh Ngô

Son moment de gloire : DreamHack Open Stockholm 2015, septembre 2015


Pour son édition 2015, la DreamHack Stockholm sert de qualification au dernier Major de l'année, la DreamHack Open Cluj-Napoca, qui a lieu un mois plus tard. Dans ce tournoi pré-Major, une place est accordée aux équipes asiatiques, et ce sont les Chinois de QeeYou qui l'obtiennent. Mais des problèmes de passeport les obligent à annuler leur venue et ce sont donc les Vietnamiens de Skyred, malheureux finalistes de la qualification asiatique, qui sont repêchés. Manque de pot, un de leurs joueurs, cLb, rencontre des soucis personnels à ce moment-là et ne peut pas non plus faire le déplacement. Skyred fait donc appel à un stand-in, un sniper un peu fou qui porte bien son nom : crazyguy.

Lui et son équipe d'un jour débarquent à Stockholm en tant que parfaits inconnus. Ils doivent tenir le rôle de la chair à canon dans la poule C aux côtés de Titan, HellRaisers et Vexed. Et s'ils perdront en effet leurs deux rencontres 0-2, poussant tout de même jusqu'à 14-16 contre Vexed sur Cache, un joueur sortira du lot. Il s'agit bien de crazyguy, qui va subjuguer une bonne partie de la scène et des viewers par son style de jeu atypique.

Rapide, agressif, avide de décal' audacieuses, crazyguy fait rapidement étalage de tout son talent à l'AWP. Il n'a peur de rien, même pas des joueurs et équipes bien plus expérimentés qui se dressent face à lui, et joue sa carte à fond. Contre Titan puis Vexed, il termine top fragger de son équipe et sort quelques actions loin d'être ridicules. HLTV trouvera même assez de matière dans ces deux uniques confrontations pour sortir une movie de près de trois minutes sur lui juste après le tournoi, joliment nommée "Beast from the east".

En quittant la Suède, Skyred ne s'est donc (évidemment) pas qualifiée pour le Major, mais tous les observateurs gardent le nom de crazyguy dans un coin de leur tête. Et ils le garderont longtemps puisque crazyguy ne sera plus jamais revu à un tel niveau de compétition, même s'il intégrera définitivement la line-up après ce tournoi.

La fin d'année 2015 va même être très compliquée avec un imbroglio totalement ubuesque. Après sa performance encourageante à la DH Stockholm, l'équipe décide de quitter Skyred pour trouver une autre structure davantage à la hauteur de ses nouvelles ambitions. Finalement, début décembre, elle n'a rien trouvé, et retourne chez Skyred. Trois semaines plus tard, elle part une fois de plus, pour intégrer sept jours après une nouvelle structure, 24/7 Esports. Sauf que dix jours ensuite, 24/7 Esports remercie ses néo-joueurs pour des soupçons de matchs truqués. crazyguy et ses coéquipiers trouveront finalement refuge chez Threats début janvier 2016, mettant fin à un mois rocambolesque.

Et c'est le début d'une longue errance dans la scène asiatique pour les Vietnamiens. Ils ne se qualifient plus pour des lans internationales, ne font plus que quelques apparitions dans des compétitions se déroulant en Asie comme l'Asean Games for E-Sports ou l'IeSF World Championship. crazyguy tente même sa chance chez Recca, une équipe indonésienne, pour pallier le départ d'un certain BnTeT chez TyLoo. Après un peu plus d'un trimestre passé là-bas, il revient finalement chez UTM Esports puis GameTV pour retrouver ses compatriotes vietnamiens.

En 2018, crazyguy a pourtant encore tenté de s'exiler et porte actuellement les couleurs de Team nxl, une autre line-up indonésienne. Il sera d'ailleurs possible de le voir en octobre à l'eXTREMESLAND ZOWIE Asia CS:GO 2018, un tournoi avec 100 000 $ de cashprize réservé au Moyen-Orient, à l'Asie et à l'Océanie. Il s'y est qualifié avec Revolution, un mix vietnamien monté pour l'occasion. L'occasion de voir si the "Beast from the east" mérite encore cette appellation.

 

David "Jayzwalkingz" Kempner

Son moment de gloire : ESEA Saison 22 Global Challenge, août 2016

La Moutain Dew League, ligue juste en-dessous de la Pro League, est un bon moyen de repérer les talents de demain. Plusieurs fois par an, les meilleures équipes évoluant à ce niveau à travers le monde se retrouvent en lan pour disputer le Global Challenge. En 2016, une équipe suédoise du nom d'ak-47 termine la saison régulière à la troisième place de la ligue européenne, insuffisant pour participer à ce Global Challenge. Mais les problèmes de visa rencontrés par d'autres formations lui ouvrent finalement les portes de la lan. En parallèle, elle trouve aussi une structure pour la soutenir : Crowns Esports Club.

Cinq Suédois prometteurs partent donc en Pologne disputer cette compétition. Elle constituera une incroyable rampe de lancement pour l'un d'entre eux, Jayzwalkingz, connu uniquement en Scandinavie avant cela.

Pourtant, en poules, Jayzwalkingz est loin de marquer les esprits. Il termine bien meilleur joueur de son équipe lors de la victoire face aux Brésiliens de g3x, qui assure aux siens un passage en demi-finale, mais rien de sensationnel. Il faudra attendre le dernier carré et notamment la demie contre Echo Fox pour que le jeune Suédois détruise tout sur le serveur.

En effet, face à l'équipe américaine menée par sgares, Jayzwalkingz va exploser toutes les statistiques. Sa première carte, Mirage, est très propre : 17-4, 1,49 de rating, et une victoire 16-5 pour Crowns. Mais c'est sur la deuxième que tout le monde va se demander si le scoreboard n'est pas en train de bugger : en 26 rounds joués, il sort 41 frags, pour seulement 14 morts. Il termine la map avec plus de 150 d'ADR, 2,35 de rating, et permet quasiment à lui seul de faire passer son équipe en finale. La performance est ahurissante avec un cumulé de +40 sur deux cartes.

Crédit : HLTV.org

Lors de la finale, Jayzwalkingz sera le seul de son équipe à surnager et à ne pas avoir un rating inférieur à 1 face aux Bulgares de Mortal Kombat, qui l'emportent 2-0. Mais la défaite n'est pas si grave : les statistiques impressionnantes du joueur de 19 ans ont tapé dans l'œil de fnatic. La mythique structure l'appelle quatre mois plus tard pour intégrer sa line-up Academy. Le début d'une montée vers les sommets ?

Eh bien, pas vraiment. D'abord parce que cette équipe Academy constituée d'espoirs peine à augmenter son niveau de jeu au fil des mois et n'est compétitive qu'à de rares occasions. Ensuite parce que Jayzwalkingz ne comble pas vraiment les espoirs placés en lui. Malgré quelques coups d'éclat, il est loin d'être au niveau qui lui avait permis de coller 40 frags en lan sur une seule carte. Une seconde place à un tournoi chinois, la China Cup, une qualification à un Minor (terminé dès les poules), et fnatic Academy dit finalement stop à l'été 2018.

Mais la carrière de Jayzwalkingz va prendre un tournant inattendu lorsqu'il est contacté, pendant cette période, par Renegades. L'équipe australienne, installée aux Etats-Unis, cherche un remplaçant à nexa, et décide de donner sa chance à ce jeune Suédois. Bon, ça ne durera pas bien longtemps : ensemble, ils feront une lan, la DreamHack Masters Malmö, pour un top 9/12 qui ne convainc personne. Jayzwalkingz n'a même pas besoin de prendre l'avion pour retourner aux États-Unis avec sa nouvelle line-up, la collaboration s'arrête là. Le voilà de retour en Suède.

Cette fois, personne ne viendra lui donner une autre chance. Il se retrouve de nouveau dans le subtop suédois, sans opportunités nouvelles pour tenter de se hisser au sommet. Il passe par Epsilon, Property, enchaîne les mixes dans diverses qualifications, mais rien ne lui permet de rêver à nouveau.

Peut-être ce match contre Echo Fox était-il réellement unique pour Jayzwalkingz. Un coup d'un jour, d'une après-midi, qu'il aurait pu transformer en carrière, tel le roi de l'opportunisme. Mais la réalité a été tout autre, et si ce 58-18 restera pour toujours un score phénoménal, il n'aura finalement pas constitué le début d'un parcours rêvé.

 

Jonathan "JonY BoY" Muñoz

Son moment de gloire : The World Championships 2016, octobre 2016


Crédit photo : HLTV.org

Qui aurait pu citer le nom d'une équipe argentine avant The World Championships 2016 ? Qui aurait pu ne serait-ce que citer un joueur argentin ? Sûrement pas grand-monde. Pourtant, le pays d'Amérique du Sud va connaître lors de ce tournoi son plus grand moment de gloire sur CS:GO. Invité surprise de la compétition après avoir sorti le Brésil en qualification, l'Argentine va réaliser un parcours de rêve pour atteindre la finale. Sur sa route, elle sort deux pays mythiques de Counter-Strike, la Suède en quart de finale puis le Danemark en demi-finale, à chaque fois après 30 rounds ou plus sur la troisième carte. La dernière marche sera juste un peu trop haute et l'Argentine tombera en finale face à la Turquie, non sans avoir réussi à inscrire une carte.

Au coeur de cette épopée encore inimaginable quelques jours plus tôt, un homme : JonY BoY. Leader-in-game et sniper, le capitaine argentin, complètement inconnu à l'international avant l'événement, a impressionné. Meilleur joueur de son équipe, il va se classer très haut dans les statistiques : joueur ayant le plus fraggé à l'AWP durant le tournoi, joueur ayant réalisé le plus d'ouvertures, deuxième au nombre d'ouvertures par round et au total de frags réalisés, il est à la lutte avec les tous meilleurs.

Mais plus que son tableau des scores, c'est aussi son attitude qui a tant fait parler. JonY BoY transpire sa passion pour Counter-Strike. Il sait qu'à chaque match, il tient une chance unique de prouver au monde la valeur de son pays. Alors il va haranguer ses hommes, il va les motiver comme jamais, il va tout donner jusqu'au bout, quitte à finir en larmes lors de la remise des médailles. JonY BoY n'est pas juste un bon sniper qui s'est révélé lors de ce tournoi, c'est aussi et surtout un véritable amoureux de Counter-Strike qui a montré que même en venant d'un pays complètement absent sur la scène mondiale, il était possible de créer et de transmettre des émotions intenses.

Après cette performance, tout le monde a pensé que l'Argentine et JonY BoY étaient prêts pour passer à l'étape supérieure. En réalité... Il n'en sera rien. Pourtant, une structure, Miami Flamingos, va donner sa chance au sniper. Basée aux Etats-Unis, elle recrute début 2017 une line-up inédite construite autour de JonY BoY, regroupant deux de ses compatriotes argentins (tutehen et guishorro), un Chilien (Proxure) et un Colombien (sickLy). Tout ce beau monde déménage aux États-Unis.

Mais ça ne donnera rien. L'équipe perd au mieux en qualification fermée de tournois internationaux, au pire dès les qualifications ouvertes. Les premiers changements apparaissent, mais même en retrouvant certains de ses coéquipiers du World Championships, JonY BoY ne parvient ni à retrouver le niveau affiché durant cette lan, ni à insuffler ce souffle épique à son équipe, qui lui avait permis de décrocher une médaille d'argent si inattendue. Miami Flamingos arrête les frais à l'été 2017, Gale Force, une autre organisation, prend le relais, sans plus de succès.

En novembre, l'équipe va même s'incliner en finale de la qualification argentine pour les WESG, perdant ainsi son titre de numéro 1 dans son pays. Gale Force se retire finalement à la fin de l'année, et la line-up se délite. De nouveau sans rien, JonY BoY va pourtant s'offrir une nouvelle chance, cette fois-ci en Europe : il intègre l'équipe espagnole x6tence, au sein de laquelle il retrouve des joueurs bien connus dans la péninsule ibérique comme MusambaN1 ou FlipiN. Le Vieux Continent est-il la terre promise pour se relancer ?

Non. L'aventure durera trois mois, le temps d'échouer à se qualifier pour le Minor européen. JonY BoY rentre en Argentine, chez Sinisters eSports, où il va retrouver l'anonymat pour quiconque ne suit pas en détails la scène sud-américaine. Le fabuleux parcours de l'Argentine au Championnat du monde 2016 n'aura pas suffi pour que son capitaine perce aux yeux de tous. Il restera toutefois toujours cette image d'un JonY BoY aux anges, le casque encore sur les oreilles, la tête et les bras levés vers le ciel, alors que ses hommes et lui venaient de triompher d'une équipe du Danemark archi-favorite. L'image d'un joueur au plus haut de son niveau, en train de vivre ce que tant d'autres ont seulement rêvé.

Crédit photo : HLTV.org

Merci à Elnum pour la bannière

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