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CS:GO au pays du Soleil Levant

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Après avoir fait un petit tour en Afrique du Sud, nous nous sommes dit qu'il serait bien dommage de s'arrêter en si bon chemin et que d'autres pays et régions du monde, moins connus sur la scène mondiale de Counter-Strike, méritaient que l'on s'y intéresse.

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Ce coup-ci, et parce que le Minor Asie commence aujourd'hui, nous sommes allés au Japon à la rencontre de la seule équipe japonaise qui évolue en ce moment à un niveau professionnel : SZ Absolute. Son capitaine, Koji "Laz" Ushida, a accepté de répondre à toutes nos questions et de nous en dire plus sur son équipe, et sur la scène CS:GO au pays du Soleil Levant.

De manière générale, l'esport au Japon constitue un véritable paradoxe : pourquoi les compétitions de jeux vidéo ne sont-elles pas populaires au pays du jeu vidéo par excellence ? Car oui, il ne s'agit pas seulement de Counter-Strike, mais bien de l'esport en général qui semble être boudé par le pays, surtout si on le compare à ses voisins asiatiques comme la Chine ou la Corée du Sud. La principale raison à cela réside dans la législation japonaise : pour lutter contre les jeux d'argent, le gouvernement a depuis quelques années mis en place une "Loi contre les Primes Injustifiées et la Publicité Mensongère" (Act against Unjustifiable Premiums and Misleading Representations) qui limite notamment le cashprize des tournois à 100 000 yens, soit environ 760 €. Avec un tel frein, il est logique que ni les joueurs, ni les principaux acteurs du milieu ne soient au rendez-vous.

Mais tout espoir n'est pas perdu, puisqu'en ce début d'année 2018, les trois principales associations du pays qui participent au développement de l'esport (la JeSPA, la JOGA et la JeSF) se sont rassemblées pour former la JeSU (Japan esport Union), dont la priorité est de faire reconnaître la discipline dans le pays, et lui permettre de se développer. La première entreprise de cette nouvelle entité a donc été de proposer la création d'une "licence professionnelle" pour les joueurs, une manière de contourner la loi en leur proférant un statut spécial qui les autorise à gagner plus d'argent lors des tournois.

Mais pour ceux qui se voyaient déjà prendre un aller-retour Paris-Tokyo pour assister à la toute première DreamHack sur le sol japonais, on a une mauvaise nouvelle : cette avancée ne concerne pour l'instant pas CS:GO. A vrai dire, elle ne concerne tout simplement pas les jeux esport les plus prisés dans le reste du monde, puisque les jeux concernés sont Street Fighter V, Tekken 7, Winning Eleven 2018, Call of Duty: WWII, Puzzle & Dragons et Monster Strike. Une petite avancée donc, mais qui ne semble pas prête de débloquer la situation pour le FPS de Valve.

CS:GO et le Japon, c'est donc une histoire assez courte. Les équipes que l'on voyait évoluer en 2015-2016 ne sont plus, et la plupart des joueurs retombent très vite dans l'anonymat. Le capitaine des SZ Absolute, Laz, fait donc office d'exception, puisqu'il joue sous le même tag depuis sa création en 2015. Il n'a jamais quitté la scène depuis, sans pour autant en atteindre les sommets, mais la présence de son équipe au Minor asiatique du FACEIT Major de Londres pourrait lui permettre de franchir une nouvelle étape.

 

Tout d'abord, peux-tu présenter ton équipe ?

Laz : Bonjour à tous, nous sommes SCARZ Absolute, une équipe de CS:GO basée au Japon. A l'origine, l'équipe Absolute existe depuis 2015, et depuis mars 2017, l'organisation SCARZ, qui gère des équipes sur différents jeux, nous a permis de faire nos débuts en tant que professionnels. A part moi, tous les membres actuels de l'équipe sont différents de ceux de l'équipe d'origine, mais cette line-up existe depuis janvier 2017 et n'a plus changé depuis. 

sz-absolute-équipe-japonaisepoem, t4k3j, barce, Laz et crow, les cinq membres de SZ Absolute depuis janvier 2017

CS:GO est-il populaire au Japon ? La communauté est-elle importante ?

CS:GO n'est malheureusement pas populaire au Japon. Pour donner un exemple concret, il n'existe actuellement qu'une seule autre équipe japonaise, à part nous, qui fasse des tournois régulièrement. Il semble y avoir une grosse communauté de joueurs casual, mais comme ils ne participent presque jamais à des tournois, il est compliqué de dire exactement combien ils sont. 

Plusieurs versions de Counter-Strike existent en Asie, comme Counter-Strike Online 2, édité par Nexon, sorti en bêta l’an passé au Japon, est-ce que ces jeux ont beaucoup de succès et concurrencent la “vraie version” de CS:GO ?

Cette version n'a pas eu le moindre succès au Japon, et à cause de ce manque de popularité, le serveur a rapidement été fermé. 

Il y a encore les bruits d'une ancienne version de CS dans ce jeu, est-ce que 1.6 et Source ont eu beaucoup de succès au Japon dans les années 2000 ?

J'ai moi-même commencé à jouer en 2010, donc je ne sais pas grand chose de cette période, mais ces versions n'étaient pas spécialement populaires non plus. Il semblerait que la plupart des joueurs actuels de CS:GO au Japon n'aient pas joué aux versions antérieures, donc en termes de nombre de joueurs, Global Offensive est de loin au-dessus des autres versions. 

Possédez-vous des services tiers pour jouer à CS:GO, comme FACEIT ou ESEA ? Ou bien seul le MatchMaking de Valve est accessible ?

Il n'y a aucun système spécifique au Japon, mais il y a les serveurs FACEIT et ESEA dédiés au continent asiatique. On peut aussi utiliser un système chinois appelé 5ewin. Le système en lui-même est très bien, mais les serveurs sont trop distants et le ping est trop élevé, donc on ne peut pas dire que ce soit très agréable de jouer dessus. 

Est-ce que l’arrivée de Perfect World en Chine, et de sa version CS:GO dédiée, a eu un impact sur la scène Asiatique ?

 Cela n'a eu aucune conséquence pour nous. Nous avons juste remarqué que récemment, les joueurs chinois se sont généralement améliorés, mais je ne suis pas sûr que cela ait un quelconque rapport avec Perfect World. 

Comment se situe CS:GO dans l’écosystème esport japonais ? Est-il important comparé à d’autres gros jeux comme League of Legends, ou les jeux de combat (Street Fighter, Tekken, etc.). ?

Laz : LoL et les jeux de combat sont relativement populaires au Japon, et en comparaison, on ne peut pas vraiment dire que CS:GO le soit. En termes de nombre de joueurs, mais aussi de support apporté aux joueurs pros, nous sommes très loin derrière. Par exemple, League of Legends possède ici sa propre ligue nationale, et des tournois de grande envergure sont régulièrement organisés. CS:GO n’a rien de tout cela. Les jeux de combats, quant à eux, peuvent parfois permettre d’en vivre à plein temps et d’obtenir un salaire suffisant. Sur CS, nous sommes les seuls joueurs à y parvenir pour l'instant.

Jusqu’en début d’année, les lois japonaises ne permettaient pas de vivre de gains dans l’esport. Est-ce que ça a joué dans le développement de la scène CS:GO au Japon ?

 Je ne sais pas vraiment, je ne pense pas que ce soit lié.

Est-ce que l’arrivée de la "licence esport” a permis de débloquer la situation de ce côté-là ?

 Cette licence ne concerne malheureusement pas les joueurs de CS:GO, donc cela n’a rien changé pour nous. Quant à savoir si cela permettra d’améliorer la popularité de l’esport dans le pays, je n’en sais rien. 

Est-ce que vous vivez du jeu à plein temps ?

Depuis peu, nous sommes relativement en mesure d’en vivre. Mais comme je le disais précédemment, à moins d’être un joueur professionnel sur LoL ou sur un jeu de combat, il est quasiment impossible de faire ça à plein temps. 

On parle souvent du manque de “culture FPS” en Corée, berceau de l’esport, est-ce le cas également au Japon ?

Chez nous c’est un peu comme en Corée, les jeux FPS n’ont pas de grandes communautés. Il n’y a pas beaucoup de spectateurs non plus, donc la plupart des gens ne savent tout simplement pas que nous existons. 

On vous voit souvent représenter le Japon lors des principaux tournois asiatiques / qualifs internationales, dominez-vous largement votre scène nationale ? Avez-vous de sérieux rivaux au Japon ?

Nous sommes effectivement la première équipe japonaise. De temps en temps, nous nous retrouvons face à des équipes nationales qui pourraient rivaliser avec nous, mais elles finissent systématiquement par split ou par se saboter à force de changer de joueurs.  

Que manque t-il à la scène japonaise pour atteindre le niveau des Chinois ?

Les joueurs chinois sont les plus forts en Asie, et je pense que ce qui manque au Japon, c'est un meilleur environnement dans lequel évoluer. Il y a toujours une moyenne de 60 à 80 de ping sur les serveurs de pug ou de scrim, et nous manquons cruellement de joueurs motivés. Très peu sont prêts à passer des heures sur CS:GO pour atteindre un bon niveau.

Vous participez aussi régulièrement aux qualifications asiatiques de plusieurs gros tournois, où vous situez-vous par rapport à des équipes comme TyLoo ou MVP PK ? Avez-vous encore une grosse marge avant de les rattraper ?

Actuellement, je pense qu'il y a une grande différence de niveau entre eux et nous. D'abord par rapport au niveau individuel, mais également en termes d'efficacité et de teamplay.

Actuellement, où vous situeriez-vous dans la hiérarchie de la scène asiatique ? Dans le top 5, le top 10 ?

Je pense que cela dépend des moments. Selon le site csgo2asia, qui fait son propre classement, nous sommes actuellement en sixième position. Mais je ne pense pas que ce soit fiable.

Arrivez-vous à jouer régulièrement en pracc contre les autres équipes asiatiques de gros calibre pour vous entraîner ?

Oui, nous nous entraînons régulièrement avec eux, et je les remercie de bien vouloir nous aider à nous améliorer.

Vous inspirez-vous du jeu de certaines équipes européennes ou américaines du top mondial ? Si oui, lesquelles ?

Laz : Certains d'entre nous ne le font pas spécialement, mais en ce qui me concerne, oui, je passe beaucoup de temps à étudier les autres équipes. Je m'inspire principalement des équipes du top, comme fnatic, MiRB, FaZe, Astralis, Na'Vi, ou encore Virtus.pro. J'essaye toujours d'en apprendre plus grâce à eux, petit à petit. Quand je n'ai pas d'entraînement prévu avec l'équipe, je passe parfois des journées entières à regarder et analyser les replays des matchs de tier 1.

Avez-vous déjà pensé à déménager en Europe ou en Amérique, même temporairement, pour vous entraîner contre de meilleures équipes ? 

Nous y avons pensé, mais nous nous sommes accordés pour conclure qu'il nous faut d'abord atteindre le top en Asie avant de viser plus haut.  

Pour vous, les équipes asiatiques finiront-elles par rattraper les équipes du reste du monde sur CS ?

Je ne sais pas vraiment. Si on se fie à l'histoire du jeu et son évolution en Asie jusqu'à présent, on ne peut pas s'empêcher de penser que ça va être compliqué. Mais j'ai envie de croire que TyLoo et MVP PK peuvent le faire.  

Vous avez participé à la première saison d’ESL Pro League Asie-Pacifique, comment avez-vous eu cette opportunité ? Vous êtes-vous préparés encore plus que pour les autres tournois ?

Une des équipes chinoises qui devait participer a eu des problèmes de visa et a dû céder sa place, et c'est nous qui en avons profité. Cela s'est décidé trois jours seulement avant le début du tournoi, donc nous n'avons pas eu le temps de nous entraîner spécialement pour.

Vous avez aussi disputé les finales WESG cette année, pouvez-nous raconter un peu cette expérience ? Etait-ce la première fois que vous jouiez une lan d’une si grande envergure ?

Cela a été une superbe expérience. Les finales WESG permettent d'affronter les meilleures équipes du monde, donc c'est un tournoi très exceptionnel et très important pour nous. C'était la première fois qu'on participait à un tournoi de si haut niveau, avec des adversaires aussi forts.   

Lors de ce tournoi, vous avez joué contre Cloud9 et fnatic. Vous chutez lourdement contre C9, 1-16, mais vous êtes tout près de battre fnatic, 14-16. Pouvez-vous revenir un peu sur ce dernier match, est-ce que vous avez réalisé que vous étiez à deux doigts de gagner contre une équipe de légende ?

Tout au long des matchs, j'ai cherché le meilleur moyen pour nous d'assimiler un maximum de choses et de nous améliorer. Par exemple après notre premier match contre C9, j'ai rassemblé l'équipe pour leur donner différents points à améliorer, et je pense que le résultat s'est vu lors de notre match contre fnatic.  

De nombreux tournois à fort cashprize voient le jour en Chine, serait-il possible d’avoir la même chose au Japon prochainement ? Les associations japonaises dédiées à l’esport et aux jeux vidéo (CESA, JOGA…) seraient-elles prêtes à répondre présent ?

Je ne sais pas vraiment, mais ces associations n'ont pas du tout l'air de se préoccuper de CS:GO, donc je ne pense pas que plus de tournois seront organisés sur le jeu.

Quelle est la position des pouvoirs publics / de l’opinion publique japonaise sur Counter-Strike ? En France, le jeu est souvent considéré comme “trop violent”, et les gens sont généralement méfiants. Est-ce pareil au Japon ?

Là non plus, je ne sais pas vraiment. CS:GO n'a jamais été populaire, ce depuis le début, donc je ne sais même pas si la violence du jeu a été sujet à débat ou pas.

Comment est vu l’esport au Japon ? Est-ce un phénomène en voie de développement, ou est-ce que cela reste encore assez marginal ?

L'esport n'a pas vraiment une bonne image chez nous, mais je pense que ça s'améliore petit à petit.

Le mot de la fin !

Merci à vous, et à l’intérêt que vous nous avez porté, cela nous fait vraiment plaisir. Je suis personnellement un grand fan de shox et kennyS, donc je continuerai à suivre attentivement leur parcours !

 

Merci à Laz d'avoir pris le temps de répondre à nos (nombreuses) questions, et à LordBaguette pour la bannière !

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