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Bientôt sur la Lune ?

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Counter-Strike n'était pas encore sorti officiellement que déjà des LANs (Local Network Arena) s'organisaient un peu partout à travers le globe. Nos petites chambres étroites ont laissé place au garage et aux quatre tréteaux avant que les premières compétitions en réseau investissent des salles des fêtes ici et là. Aujourd'hui, les arènes multisports, les studios TV voire même les stades accueillent les plus grands tournois et ce phénomène apparaît comme une évolution logique, presque naturelle. 

La norme est faite pour être transgressée et certains organisateurs en ont fait leur fond de commerce. Dans la bataille pour sortir du lot, l'une des armes les plus efficaces reste le prize pool. Aujourd'hui comme hier, les tournois les plus prestigieux font monter les enchères à coup de dizaines de milliers de dollars à chaque édition pour s'assurer la présence des meilleures équipes du globe. Une logique également pertinente à une moindre échelle, au niveau franco-français par exemple. 

Deuxième solution pour se démarquer de la concurrence : l'I-M-A-G-I-N-A-T-I-O-N comme dirait si bien Bob l'Eponge. Certains organisateurs ont bien compris que les joueurs cherchaient également l'exotisme, de nouvelles expériences un peu hors du commun servant d'anecdotes fascinantes à raconter lors des repas de famille pour impressionner tonton et tata. 

C'est ainsi que certaines personnes pour le moins farfelues ont pris des initiatives étranges au premier abord mais ayant finalement du sens dans l'écosystème du sport électronique. Que diriez-vous aujourd'hui de faire un petit tour d'horizon des lieux les plus insolites ayant hébergé un tournoi de Counter-Strike ? 

L'un des acteurs pionniers dans cette recherche de l'extra-ordinaire est français. Il s'agit bien sûr de l'ESWC qui dès 2005, deux ans après sa création, va faire froncer les sourcils en annonçant sa Coupe du Monde annuelle au Carrousel du Louvre. Ce centre commercial lié au mythique Musée du Louvre et hôte de la "pyramide inversée" de sept mètres de profondeur sortie tout droit de l'esprit artistique d'Ieoh Ming Pei en 1989, a été le théâtre d'une des victoires les plus éclatantes d'une équipe nord-américaine sur Counter-Strike à savoir compLexity. Les différents tournois de l'ESWC se déroulaient dans une zone aménagée au milieu du centre commercial tandis que les finales étaient délocalisées sur une grande scène installée dans les Salles du Carrousel. 


La délégation sud-coréenne à la sortie de l'ESWC dans la cour du Louvre (Crédits photo : ESWC)

Alors quand le journaliste de LCI dépéché sur place a débuté son reportage par un "Bienvenue au Louvre", on devinait l'immense fierté d'un Matthieu Dallon, fondateur de l'ESWC, ayant réussi son coup. Ce dernier ne voulait d'ailleurs pas s'arrêter là. Avant de s'inscrire dans la durée à la Paris Games Week, l'ESWC a également fait étape à Disney Land Paris en 2010. 

Tout laissait à penser que cette édition allait être un désastre. L'ESWC venait d'être rachetée par une nouvelle société suite à une année 2009 marquée par la crise économique et le nouveau gérant, Stéphane Bosse, derrière l'organisation catastrophique de la ClickArena à Toulouse en 2003, avait une réputation sulfureuse et un CV peu aguicheur. Cependant, même si on était très loin des 50 000 visiteurs attendus, la compétition s'est plutôt bien déroulée et aura eu le mérite de remettre l'ESWC sur le devant de la scène de l'évènementiel.

Disneyland avait fourni une salle coquette pour la partie compétition ainsi qu'un espace destiné à abriter la grande scène. "Grande" étant à relativiser puisque la scène de cette année 2010 restera sans doute comme la plus petite de l'histoire de la compétition. Dans les plans, il était également prévu une grande partie salon censée faire le lien entre le public du parc et l'événement. Cependant, la réalité sera tout autre puisque le faible nombre d'exposants tournera ce salon en fiasco. Mais rien que pour l'anecdote, cette coupe du monde de jeux vidéo dans l'antre de Mickey en valait le coup. 

Entre temps, un autre événement majeur a cassé les codes pour son édition 2006. Quand l'ESWC se voyait comme une coupe du monde, les World Cyber Games avaient l'ambition d'émuler les Jeux Olympiques. Habituellement localisés en Corée du Sud ou aux USA, les WCG ont fait un détour par l'Italie la même année que le pays accrochait sa quatrième étoile sur son maillot de football. Non pas à Rome ou à Milan, ni à Turin ou à Naples mais bel et bien dans la 34ème ville du pays : Monza. 


La grande scène des WCG 2006 à deux pas des paddocks (Crédits photo : HLTV.org)

Si un tel choix de ville hôte après de précédentes années à Séoul, San Francisco ou Singapour constituait déjà en soi une surprise, il s'explique facilement par les infrastructures déjà présentes sur place et en particulier le célèbre circuit automobile accueillant l'un des grands prix de Formule 1. Si un stade de football et une arène NBA peuvent accueillir des tournois d'esport, pourquoi pas un circuit auto ? Les WCG ont ainsi investi le circuit de Monza avec une grande scène située... à l'extérieur et des cérémonies d'ouverture et de fermeture sur la légendaire ligne d'arrivée. Le goût du spectacle. 

Pour la première fois, une grande finale d'un tournoi majeur s'est déroulée dehors face à un public plus ou moins assidu selon une météo parfois capricieuse. Là où Michael Schumacher s'est imposé par cinq fois, les Pentagram de NEO et TaZ inscriront quant à eux le premier tournoi majeur à leur immense palmarès. 

Neuf ans plus tard, l'ESL reprendra le concept d'un tournoi en extérieur à l'occasion de l'ESL Pro League Invitational à Dubaï, en septembre. Et quelle est la température à Dubaï au mois de septembre ? Pas moins de 40° C. Autant dire que la pluie n'était pas vraiment le problème numéro un de l'ESL. Très vite, les premières interrogations ont été soulevées concernant les conditions dans lesquelles les joueurs allaient évoluer et les spectateurs allaient pouvoir assister aux rencontres. 

L'ESL est passé proche de l'échec critique. D'abord par un prix des places exubérant (70 $ la journée) pour un nombre de matchs limité, puis par un manque d'air conditionné pour les joueurs ayant causé de longs retards. Un tournoi de jeu vidéo au milieu du désert sans air frais ? Reddit s'est évidemment régalé et les moqueries n'ont pas tardé à pleuvoir. Cet événement aux Emirats ne restera pas dans les mémoires malgré un prize pool conséquent de 250 000 $. On retiendra la victoire des Virtus.Pro. Visiblement les tournois en extérieur réussissent aux Polonais. 


Un tournoi CS:GO au coeur de Dubaï (Crédits photo : ESL)

Popularisés sur StarCraft 2 par l'intermédiaire des HomeStory Cups, les tournois organisés au sein de villas ou d'immenses appartements ont désormais la cote. L'objectif : réunir certains des meilleurs joueurs du globe dans un cadre familial ou en tout cas plus intime, loin de la cohue et des hordes de fans assoiffés de dédicaces et de selfies. Une ambiance conviviale rythmée par les matchs officiels mais aussi de moments de vie, de franche rigolade et de parties de poker plus ou moins alcoolisées. Tout cela évidemment dans le but de créer une proximité avec les téléspectateurs, de faire ressentir une atmosphère "feel good" sur la retransmission officielle et de donner l'image d'un événement branché aux petits soins avec les participants. 

Suite à son succès rencontré sur StarCraft 2, c'est l'organisateur des HomeStory Cups justement, l'Allemand Dennis Gehlen alias TaKe, qui a lancé le concept sur CS:GO avec ses Acer Predator Masters. Le défi était de taille puisque ce n'était plus quelques joueurs de StarCraft 2 qu'il fallait réunir mais bel et bien des équipes entières. Ces tournois ont rencontré un franc succès en marge des rendez-vous principaux. Aujourd'hui, c'est Beyond The Summit, organisateur réputé sur Dota 2, qui a pris la relève avec ses cs_summit réunissant huit équipes dans une gigantesque villa californienne. 

Peu à peu, ce concept de "tournoi à la maison" s'est exporté dans plusieurs villas de rêve aux quatre coins du globe. En 2015, The Gaming Resorts, société alors inconnue, annonçait un événement prestigieux doté de 50 000 $ de prize pool en Slovénie. Le plateau d'invités faisait saliver mais c'est surtout le tournoi de qualification organisé dans une villa paradisiaque qui laissait rêveur. Cadre magnifique, piscine à débordement, barbecue... C'est littéralement au bord de l'eau que quatre équipes se sont disputées une place pour le tournoi principal qui se jouerait quant à lui dans une salle classique. 


ScreaM, Maikelele, fox et NiKo jouant au volley au Gaming Paradise Qualifer

Un tournoi joué sur la terrasse, le soleil cognant dans la face de certains joueurs obligés de se couvrir la tête d'une serviette afin de voir leur viseur. Les photos sont amusantes mais les sourires laisseront rapidement place à l'angoisse une fois le tournoi principal arrivé. Ce dernier restera l'un des plus gros ratés de l'histoire de CS:GO avec des retards monstrueux dû à un escroc n'ayant soi-disant pas respecté ses engagements matériels. Plus tard, la panique règnera au sein de l'événement quand certains passeports de joueurs seront retenus par la police venue sur place suite à des impayés de la société organisatrice. Plus de peur que de mal finalement mais inutile de vous dire qu'il n'y a jamais eu de seconde édition. 

Les événements mi-compétition mi-vacances se multiplient dernièrement. Soleil, cocktails, environnement exceptionnel et bonne ambiance, une société en a fait son credo. Il s'agit de PVPro.com qui a lancé l'ESG Tour avec une première étape à Mykonos, ville de l'archipel grec des Cyclades et symbole des vacances clichées de carte postale. Un tournoi se déroulant dans un complexe de trois villas estimées à plusieurs millions d'euros avec un panorama incroyable sur la mer en contre-bas. Entre deux parties de volley aquatique, c'est Mousesports qui a remporté cette première édition et les 100 000 $ promis aux vainqueurs. 

Ce pari du grand luxe, FACEIT se l'est également approprié fin 2017 en invitant les équipes qualifiées des Esports Championship Series à Cancun, station balnéaire mexicaine mondialement reconnue grâce notamment à une célèbre émission diffusée sur W9. Un hôtel cinq étoiles comme théâtre des affrontements. On a vu pire. 


Le genre d'événement où tu as envie de tout sauf de jouer à CS (Crédits photo : HLTV.org)

Et quand on a l'impression d'avoir fait le tour de ces endroits insolites, on se rappelle que l'expert incontestable en matière d'extravagance reste Event2Give (connu à l'époque sous le nom de Sodalis). Oui, oui, l'association francophone est allée très loin à une époque où CS:GO n'était qu'un projet dans la tête de deux, trois développeurs du côté de Seattle.

En 2011, elle a repris un concept mené à bien sans Counter-Strike deux ans auparavant : organiser une lan dans un bateau de croisière en marche. Le nombre de bières enfilées pour en arriver à ce concept n'a pas été révélé mais il a eu le mérite de permettre à une dizaine d'équipes du subtop français de l'époque d'embarquer dans un navire SeaFrance effectuant la liaison entre Dunkerque et l'Angleterre. 

Sans surprise, ce qui devait arriver arriva. Des joueurs étaient plus près de la lunette des toilettes que de leur propre écran tandis que les survivants devaient tenir leur PC entre deux vagues au risque de tout voir tomber. Le temps d'un aller-retour sur la Manche, c'est le mix d'un certain Ryu7z, accompagné de Scara et NpK, qui a réussi à sortir du lot. Pour des raisons inconnues, l'événement n'a pas été réitiré. A notre plus grand regret. 


Alors là, bravo. 

Tout est bon pour séduire les joueurs, sponsors et faire les gros titres dans les médias. Où nous amènera cette course à l'originalité ? Que se passera-t-il quand l'ESL s'alliera avec Elon Musk et Space X ? On n'a jamais été aussi proche d'une lan sur la Lune. Et vous savez quoi, VaKarM sera sur place pour vous couvrir l'événement. 

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