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Blog de la rédac : Gambling, l'envers du décor

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Aujourd'hui sur CS:Global Offensive, ne se passe pas un jour sans qu'un site de gambling apparaisse sur la toile. Le site betcsgo.org en répertorie déjà plus d'une cinquantaine et il est fort à parier que ce nombre sera à revoir à la hausse dans quelques semaines seulement. De CSGODiamonds à CSGODouble en passant par CSGOJackpot, les noms de domaine se suivent et se ressemblent dans un business qui rapporte gros voire très gros mais dont les pratiques de certains entrepreneurs soulèvent de graves questions d'éthique. 

En adaptant sa politique de skins à CS:GO après Team Fortress 2 et Dota 2 avec tout ce que cela implique, marché, workshop et échanges, Valve a créé un véritable éco-système basé sur le commerce de ces éléments purement esthétiques. En effet, les skins ont une valeur monétaire bien réelle et celle-ci peut parfois atteindre plusieurs milliers d'euros selon la rareté du skin en question. Trois catégories de sites ont peu à peu vu le jour depuis le déploiement des skins sur CS:GO en août 2013. D'abord, les sites de paris eSportifs dont CSGOLounge est le pionier et leader mondial, ensuite les sites de vente de skins avec argent réel à la OPSkins dont le catalogue avoisine le million d'unités. 

Enfin, la troisième catégorie est plus récente et regroupe les sites de type "gambling", c'est-à-dire où les utilisateurs peuvent jouer à des jeux de hasard en misant avec leurs skins. La relative facilité du concept, sa conception et une rentabilité accessible très rapidement font de cette catégorie certainement la plus florissante aujourd'hui. C'est aussi celle-ci qui pose problème aujourd'hui dû notamment à la non-application des lois sur le gambling valables dans la majorité des pays. Même Valve qui pourrait finalement s'auto-acclamer comme l'entité suprême et mettre de l'ordre dans tout cela, reste très discret sur le sujet. Le studio américain s'axe principalement sur la sécurité des échanges entre personnes et sur l'anti-arnaque. 

Alors qu'il est obligatoire d'être majeur pour jouer à des jeux d'argent sur Internet, n'importe qui peut jouer à la roulette ou au blackjack avec ses skins CS:GO. La nuance serait que les skins restent des objets virtuels et donc pas de l'argent réel. Bien sûr, plus personne n'est ni naïf ni dupe et tout le monde s'accorde à dire que les skins CS:GO ayant une valeur marchande, ils doivent être considérés comme de l'argent réel. 



"Mais ce ne sont que des skins sur un jeu..."

Le marché des sites de gambling peut sembler saturé mais le retour sur investissement des entrepreneurs peut être tellement immense que nombreux sont ceux s'y essayant sans forcément avoir la volonté de s'ancrer dans le long terme. La difficulté ne repose finalement pas tant sur l'innovation des concepts mais plutôt sur la popularité et l'exposition du site. Pour faire connaître leur produit de façon très rapide et très efficace, les sites de gambling n'ont eu que l'embarras du choix parmis les dizaines et les dizaines de youtubeurs et streamers friands de gains spectaculaires synonyme d'audience massive.

En effet, le phénomène remonte aux premiers jours suivant l'arrivée des skins dans l'univers Counter-Strike. Les premiers "unboxing" de skins de knife ont instantanément très bien marché sur Youtube et Twitch, surpassant souvent du gameplay et rapidement, le nombre d'abonnés/téléspectateurs a explosé devant ce type de contenu facilement réalisable à condition d'avoir de l'argent pour acheter des clés et du temps pour ouvrir des caisses. Comment expliquer ce succès ? Peut-être le fait que le téléspectacteur s'identifie au youtubeur/streamer et ressente ainsi des émotions en cas d'unboxing réussi ou non d'ailleurs. 

Ce phénomène s'est étendu ensuite au gambling suivant le même procédé. Voir des personnes risquer des sommes astronomiques (ici 13 500 $ de skins, un exemple parmi tant d'autres) et rafler le jackpot peut paraître excitant. En tout cas, les gens semblent au rendez-vous à tel point que certains se sont spécialisés dans la retransmission de leur jeux de gambling avec des skins CS:GO. Le plus connu est sans doute PhantomL0rd, ancien joueur professionnel de League Of Legends et streamer indépendant détenant le record d'audience sur Twitch.tv pour un stream "dans sa chambre" (+ 145 000 téléspectateurs simultanés). 

Des mises toujours plus importantes pour toujours plus de réactions

Suite à de nombreuses remarques postées notamment sur reddit et ayant fait parties des sujets les plus discutés au monde à un instant T, il semblerait que Twitch ait réagi en limitant les diffusions de pur gambling à quelques minutes, le jeu principal devant être CS:GO. 

Le point commun entre le gambling physique (en casino, etc) et le gambling virtuel reste avant tout le problème de l'addiction. Certains streamers avouent être dépendants au gambling mais ce ne sont pas les seuls puisque, en plus de certains joueurs lambda, des joueurs professionnels passent parfois plusieurs heures à jouer et perdre d'énormes sommes

Presque trop facile pour les sites de gambling qui n'ont pas tardé à offrir de juteux contrats de sponsoring aux youtubeurs, aux streamers et parfois même à certains joueurs professionnels. Le but étant de profiter de le fanbase conséquente de ces derniers pour faire connaître sa marque. 

Si les légitimes problèmes d'éthique et d'addiction devront être étudiés à un moment ou à un autre, cet article se penche plutôt sur ces fameux partenariats entre sites de gambling et streamers. Les sites de gambling favoriseraient-ils leurs parieurs partenaires ? C'est en tout cas ce qu'a révélé un drôle de lanceur d'alertes puisqu'il s'agit ni plus ni moins de Mohamad "mOE" Assad, ancien joueur professionnel reconverti en streamer à plein temps et, à la manière de PhantomL0rd, largement reconnu pour ses intenses sessions de gambling. 

Drôle parce qu'en rendant publiques différentes informations, il s'est avéré qu'il n'était pas exempt de tout reproches dans une affaire liée au site CSGODiamonds. Cet article n'a cependant pas vocation à faire le procès de mOE mais plutôt de revenir sur les méthodes qu'il dénonce et qui ont un impact pour l'intérêt général.

 
Snowden mOE, le lanceur d'alerte alerté

Si les partenariats entre sites de gambling et personnalités auraient pu s'arrêter au simple versement d'argent pour x heures de stream ou x tweets, il semblerait que certains aillent beaucoup plus loin quitte à bafouer des règles morales élémentaires.

Mohamad "mOE" Assad dit principalement deux choses à travers ses différentes tweets, une entrevue avec Richard Lewis et des conversations Skype. D'abord, il affirme que beaucoup de sites de gambling offriraient à leurs joueurs partenaires des "refunds" gratuits. En clair, le site donne des skins au streamer pour que ce dernier puisse jouer et continuer à diffuser, et lui en fournit dès qu'il a tout perdu. 

Si cette pratique peut paraître innocente dans certains types de jeu, elle peut potentiellement avoir une incidence dans d'autres circonstances et notamment dans des jeux impliquant plusieurs personnes et où le montant total des mises impacte les chances de gains. Un joueur de blackjack ou de poker ayant un réservoir illimité ne jouera pas de la même manière qu'un joueur lambda misant son propre argent et ne sachant pas officiellement que le joueur d'à côté ne prend finalement aucun risque financier. 

Deuxièmement et cela ne concernerait pour le moment "que" CSGODiamonds, les gérants du site ont proposé à mOE de lui donner directement les moments où il aura le plus de chance de remporter le jackpot. Si la réussite n'est ici pas automatique, elle est largement favorisée. Pourquoi un tel dispositif à l'insu de tous les joueurs ? Cela permet au streamer de réaliser un "highlight", c'est-à-dire un énorme gain devant ses spectateurs. Un gain médiatisé donc qui a deux effets bénéfiques sur l'image et la popularité du site : une avalanche de tweets et de réactions sur ce gain vu en direct et une impression lorsque ce système est répété, de gains faciles pour les téléspectateurs. 

Dans ce genre de cas, quand il y a un vainqueur, il y a forcément des perdants n'étant bien entendu pas au courant du subterfuge. De plus, le principe même du gambling repose sur une probabilité de perdre sa mise plus importante que la probabilité de gagner le jackpot. Faire illusion du contraire peut s'avérer, en plus d'être éthiquement déplorable, dangereux lorsque l'on connait la facette addictive du gambling et la moyenne d'âge peu élevée des téléspectateurs. 
 



Si ce deuxième point concerne uniquement le site CSGODiamonds, cela est révélateur de l'arsenal de tromperies potentielles à la disposition des gérants de sites de gambling. Combien de temps avant un prochain scandale similaire parmi la multitude de sites de gambling ? La mise en garde est de rigueur puisque sans organe officiel et reconnu encadrant ce business, il est sans doute très difficile voire impossible pour un joueur lésé de réclamer justice. 

Il semble donc de plus en plus primordial d'étendre ces problèmes d'éthique à des problèmes juridiques. Avec la progression de l'eSport dans la société et notamment CS:GO, il semble que ce ne soit plus qu'une question de temps avant qu'une telle manne financière incontrôlable ne soit régulée d'une façon ou d'une autre.

Ce jeudi 23 juin, un citoyen américain a porté plainte contre Valve accusant la compagnie d'autoriser un gambling de skins CS:GO qu'il pense illégal. Un bon début, bien qu'il reste encore à voir la direction que prendra la procédure et surtout si elle aboutira vers un éventuel procès.

Combien d'innocents se feront avoir avant ?

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